Notre société sublime la
compétition, à l'école et ce dès le plus jeune âge l'esprit de compétition est
placé comme une valeur indispensable à la réussite, comme le moteur de la vie.
Pour éviter que le doute ne s'installe et pour bien enfoncer le clou, le sport
de compétition est devenu le roi despotique qui nous indique, nous martèle la
direction à suivre : "peu importe la manière, seul compte le résultat".
Nous sommes bien loin, comme le déplore Albert Jacquard, du sens initial du mot
"sport" - en vieux français "despsorts" - qui signifiait "amusement", c'est à
dire jubiler du fonctionnement de son corps pour obtenir de lui plus qu'il ne
voulait donner. L'important n'est plus alors de vaincre, d'être pour un instant
éphémère meilleur que l'autre; c'est ma progression qui importe : quel est
mon point de départ, où en suis je aujourd'hui? Les performances des autres, de
mes pseudo concurrents ne sont là que pour m'aider à trouver des solutions et
par là me faire progresser. Il ne s'agit plus de compétition mais d'une
émulation qui ne pourra prospérer que dans un esprit de coopération.
Vous avez dit Aïkido? En théorie oui, certainement. Le kanji 合 (Aï) qui compose
le mot Aïkido recouvre les notions de réunion, harmonie, unir, réunir ses
forces, faire des efforts communs, conformité, assortir (...). En réalité,
l'aïkido n'échappe pas aux luttes intestines, aux prises de pouvoir et leurs
cohortes de coups bas.... Même sur le tatami, qui n'a pas été confronté à un
partenaire imbu de lui même rendant par là caduque toute étude d'une technique
ou d'un principe?
La coopération entre individus, une utopie? Pas si sûr selon Alexrod qui
affirme d'après ses observations que :
- La coopération et l'entraide peuvent se développer, sans
l'intervention d'un pouvoir central, en appliquant la stratégie de réciprocité
dite du donnant-donnant , tit for tat en anglais.
- Cette stratégie de réciprocité peut se développer, résister et
prospérer contre d'autres stratégies moins coopératives.
Le jeu du "dilemme du prisonnier" (1) illustre bien le propos. Chaque joueur
peut coopérer ou faire cavalier seul et doit faire son choix sans connaître la
décision de l'autre. Quoi que fasse l'autre, il est plus payant de faire
cavalier seul, mais si tous les 2 font cavaliers seul, au final ils s'en
sortent moins bien que s'ils avaient coopéré.
Cette stratégie de coopération ne fonctionne :
- Que si les individus impliqués sont appelés à se revoir, si le
futur est engagé. (la confrontation unique favorise la trahison, pas de
retombée par la suite)
- Que si la stratégie de coopération et de réciprocité est affichée,
claire, et par conséquent reconnue et identifiée par tous.
Son principe est :
- De coopérer par défaut. (il vaut mieux gagner 100 alors que l'autre
gagne 200, que de gagner 50 alors que l'autre ne gagnerait que
10.)
- Dans un deuxième temps répondre de la même manière que l'a fait le
concurrent lors de la rencontre précédente (trahir s'il a trahi). C'est le
"donnant donnant". Continuer la stratégie de coopération
Robert Alexrod a fait appel à des spécialistes connaissant les stratégies dans
les situations à somme non nulle (par exemple gagnant-gagnant), et sachant
tenir compte de l'interdépendance des stratégies entre elles et de l'importance
de l'historique des coups précédents. Plusieurs tournois informatiques, où
s'affrontait par le biais de programmes modélisant différentes stratégies, ont
été organisés. Il s'est avéré que les stratégies "bienveillantes" sont
arrivées et tête et que "donnant-donnant" l'a emporté pratiquement à chaque
fois démontrant sa robustesse.
En conclusion, même si au départ seule une minorité de groupes où d'individus "jouent la stratégie donnant- donnant", il vont se faire une place prépondérante, jusqu’à imposer leur stratégie. Cette coopération n’a pas besoin de coordination centralisée, elle peut s’entretenir elle-même.
(1) 2 hommes sont soupçonnés d'un crime. La police les met dans des
cellules séparées et leur propose un marché: si l'un avoue et l'autre pas,
celui qui avoue est libéré, et l'autre prend 5 ans de prison, si aucun n'avoue
(ils coopèrent entre eux) ils prennent tous les 2 un an, s'ils avouent tous les
2 (ils font cavalier seul), ils prennent 3 ans. Apparemment ils ont intérêt à
coopérer entre eux, c'est à dire se taire. Mais que va faire l'autre? Dans ce
cas, l'objectif est de prendre le moins de "points" (années de prison)
possibles. Axelrod a retourné la règle en émettant des points
positifs.
Ressources :
- Albert JACQUARD : "abécédaire de l'ambiguïté".
- Robert AXELROD : "Comment réussir dans un monde d'égoïste"
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/axelrod.
html
http://www.lesechos.fr/formations/strategie/articles/article_4_4.htm
http://blog.tcrouzet.com/2007/05/24/le-dilemme-du-prisonnier/
La forme
ancienne du caractère montre que la partie supérieure ne doit pas être
assimilée à un toit, mais qu’elle forme un seul élément graphique avec le trait
situé au dessous, formant ainsi un triangle qui évoque un concept d’union,
d’assemblage de jonction d’éléments divers. Les textes sémantiques indiquent
que trois - les 3 lignes du triangle – est à prendre comme un nombre
indéterminé. L’élément situé en partie inférieure « le carré »,
représente une bouche.