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Dojo (道昜)

Le Dojo c'est le lieu où l'on pratique, vous trouverez donc ici tout ce qui a trait au cadre de la pratique - les règles du dojo, le rituel, (...) - en essayant de comprendre les origines de "l'étiquette". Origine martiale? coutume de la société Japonaise? Origine religieuse ou philosophique? Savoir ce que l'on fait et pourquoi, rester maître de ses choix en connaissance de cause, garder et aiguiser l'esprit critique.

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vendredi 23 avril 2010

Pourquoi traditionnellement le pied gauche se lève en premier.....

Cette question posée en commentaire de l'article "introduction au kanji DO 道" donne l'occasion de faire le lien avec un autre billet publié plus récemment "omoté/Ura et Yin/Yang".

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lundi 8 juin 2009

Le dojo , carrefour de deux cultures.

Le dojo est le lieu de la pratique.

Comment transposer dans notre culture et notre société du 21ème siècle ce concept ? C'est une question identifiée mais laissée en suspens dans l'article "aïkido et cartes heuristiques" Comme tout lieu où se réunit un groupe d'individus l'organisation est régie par des règles spatiales et des règles qui définissent les relations entre les individus. Ces règles diffèrent d'une culture l'autre. Transposer l'aïkido dans notre société, si l'on veut préserver son aspect traditionnel, conjugue ces deux difficultés : l'aïkido véhicule à la fois un historique, des traditions et des coutumes des arts martiaux japonais et plus largement de la société japonaise. Dans notre société le dojo est le plus souvent situé dans un complexe sportif dont l'agencement spatial répond aux impératifs de sécurité et permet la co activité avec d'autres disciplines.

kanji_dojo.png ob_86dee4fef9cc85bea348e7a25aeed710_img-9561.jpgImaginons maintenant un de nos contemporain du pays du soleil levant qui découvre un dojo.

Le contemporain en question est un quidam pris au hasard dans la rue, son témoigange pourrait être celui-ci.

j'ai une honnête connaissance de la culture, des traditions et de l'histoire de mon pays, ce n’est pas parce que je suis asiatique, mais simplement parce que je vis depuis toujours au Japon et que ces sujets ont quelques intérêts pour moi.
Pratiquer l'aïkido dans le Japon du 21ème siècle n'est pas très répandu, il y a moins de pratiquant au Japon qu'en France! Par contre nous avons une longue tradition martiale qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours grâce à une mutation, salvatrice pour ces arts traditionnels, qui a commencé vers la fin de l'ère Meiji. Cette période vit la disparition du système féodal, système qui aujourd'hui encore influence largement notre société. Même si les générations actuelles préfèrent s'orienter vers des sports médiatisés, il est de coutume qu'en passant devant le jardin public, j'entende une bande d'enfant, bâton en main, prendre leur première leçon de "Kendo". Une heure de suite, ils réitèrent un unique mouvement : lever le bâton au dessus de la tête en hurlant aussi fort qu'ils le peuvent. Ici l'apprentissage est imitation répétée en recopiant inlassablement un geste jusqu'à la perfection. On n’apprend pas une technique, on copie un individu supérieur.
Lorsque j'évoque le mot "dojo", ce ne sont pas les quatre lettres romanes qui me viennent à l'esprit, mais les deux kanji 道場. Mon érudition me permet de savoir qu'en chinois 道場 (prononciation "dào chǎng"), ces idéogrammes désignent un temple taoïste ou bouddhiste. Ceci ne m'étonne pas compte tenu de l'étymologie des caractères (1). De ce fait, le dojo - même si n’est que symboliquement s’il est situé dans un complexe sportif moderne - se doit d’être en harmonie avec la nature, l’univers : son orientation et sa structure ne se sont pas le fruit du hasard. Le mur situé face au Sud: "kamiza" 上座 est, comme me l'indique le pictogramme 上 est le côté honorifique, à l'inverse le pictogramme 下 -composé de 下座 qui s'écrit pour vous "shimoza"- m'indique que le mur d'en face est moins important, ce sera la place des pratiquants. Les élèves les plus anciens à l'Est, les autres côté Ouest. Je vous expliquerais tout cela plus tard.
En fait, nous pensons depuis fort longtemps que les activités profanes ont plus de chance d’aboutir lorsqu’elles se conforment à une sorte de mandat divin.
Dans le dojo comme dans toutes les demeures traditionnelles sied le « Toko no ma ». - côté "kamiza"- Il s’agit d’un renfoncement surélevé où le portrait du fondateur – Me Ueshiba - remplace le traditionnel rouleau peint encadré de tissus, au dessous duquel prône un bouquet de fleur. Dans sa forme la plus classique ce bouquet est composé de trois branches, trois fleurs aux tiges de longueur différente. La plus longue représente le ciel, la plus brève la terre ; entre les deux, l’homme. L’harmonie de ces trois composantes – conçue selon une morale d’inspiration confucéenne – signifie le monde dans sa totalité. L’ordre ainsi artificiellement conçu n’est que le reflet social instauré par les hommes. L’ordre, le rituel, les relations entre les individus dans le dojo me sont familières : comme dans la société japonaise l'homme a moins de droits que de devoirs - "Gimu" 義 務- et de dettes - "Giri" 義 理- définies par la position qu'il occupe dans la société. La docilité vis à vis des règles immanentes constitue une valeur essentielle de la vie sociale. Jadis dans les écoles on disait : « Lorsqu’un clou dépasse, on tape sur la tête ».
Ici, au Japon, les relations sont bâties sur le principe de l'inégalité entre les individus. A l’école, puis dans l’entreprise et bien sûr au dojo, au sein de groupes définis ou perçus comme des lieux, la hiérarchie est celle de l'antériorité. Le cadet, le débutant, est inférieur, il se montrera toujours honoré que l’on fasse appel à lui, même sous forme de brimade.
Ainsi les rituels dans le dojo ont des origines différentes, c’est très naturellement qu’ils coexistent. Certains rituels, et mouvements exécutés lors de la préparation ont pour origine la religion shintoïste, d'autres ont une origine martiale et d'autres encore n'ont aucune signification ou encore ne s'agit il que comme je vous l'ai exposé ci avant, que de comportement sociaux. J’ai du mal à vous expliquer cela, chez nous au Japon ce que vous appelez « correct », se dit souvent « beau ». C’est la réponse que nous apportons pour justifier des comportements d’apparence inutile. Par exemple, dans la cérémonie du thé qui est régie par un rituel d’une extrême complexité, le code ne revoie à aucune justification : le thé est un rituel qui n’a pas d’autre but que lui même. A l’origine il a été crée par les moines zen pour éviter de s’assoupir au cours de leur longues méditations, utilisé par les guerriers pour apaiser leur combativité ; c’est un support à la concentration.

(1).Dojo 道場 est composé par deux kanji

Do : voir les articles de la catégorie "Do"
Jo 場 : Une aire, un lieu. La partie de gauche du caractère 士 représente la terre, l'humus, la partie de droite 昜 Le soleil qui darde ses rayons( cf caractère Yang).