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WAZA (技)

"waza" 技, technique en japonais, est le titre de la rubrique consacrée aux principes et aux techniques d'aïkido.
Etymologie des kanji, vocabulaire, histoire, mise en regard...... ne cherchez pas des vidéos qui démontrent telle ou telle technique : l'aïkido se pratique.

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samedi 10 avril 2010

Irimi Tenkan

Omote_Ura_Irimi_Tenkan_DM.gif Dans la pratique de l'aïkido, Omoté - Ura s'exprime au travers du couple Irimi - Tenkan.

Kanji (idéogrammes) :

入身 Irimi : enter, pénétrer dans la garde (le corps) pour prendre le centre.
On trouve le kanji (mi) dans Atemi
転 換 Tenkan : Changer de direction (en pivotant). La partie de droite du caractère représente la roue d'un char et son axe.
On trouve le kanji (ten) dans Kaiten Nage. Ne pas confondre avec 天 (qui se prononce également "ten") dans Tenchi Nage où "Ten" signifie '"Ciel'".

Une Mind Map (clic pour agrandir).

Irimi_-_Tenkan_MindMap.gif

dimanche 28 mars 2010

Omoté-Ura, Yin-Yang

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les notions de  omoté et ura , ne sont pas réservées aux techniques d’aïkido ou à son vocabulaire.
Voir étymologie dans l'article Omoté/Ura : kanji
Omoté et Ura sont intimement liés à la théorie du Yin /Yang qui découle de celle du Ki (Qi) et du Do (Tao).

Lire la suite...

samedi 6 mars 2010

Omoté / ura : kanji

L'analyse des deux idéogramme 表 (omoté) et 裏 (ura) montre qu'ils sont indissociables et forment un couple : ils expriment une même réalité symbolisée par le radical du "vêtement" situé en partie inférieure des deux caractères. Seul change le point de vue, représenté par l'extérieur ou l'intérieur du vêtement.
D'ores et déjà, si l'on transpose à l'aïkido, et que l'on admet ce principe de complémentarité, parler de techniques "omoté" et de technique "ura" relève soit de l'abus de langage, soit d'une erreur d'appréciation. La bonne compréhension de ces principes structure la pratique et l'enseignement.
Kanji_Omote_Ura.jpg

Voir l'article : Omoté / Ura : Yin-陰-/Yang-陽 et également celui-ci : Irimi Tenkan

dimanche 24 janvier 2010

TSUKI : étymologie, sens.

Pour répondre à la question d'un lecteur du blog, quelques éléments concernant l'attaque Tsuki.

Tsuki est composé d'un Kanji 突 = TSU et d'un signe phonétique (Kana) = KI. Le sens courant est : donner un coup, pousser.


Etymolgie_Tsuki.jpgL'idéogramme montre un chien qui surgit de sa caverne, de sa grotte (L Wierger ajoute "pour se précipiter dans les jambes de l'intrus"). C'est l'idée générale du Kanji : La surprise, la rapidité, une trajectoire directe au plus court. Aujourd'hui, ce n'est pas d'une caverne que le toutou, aux intentions pas toujours amicales, va débouler sans crier gare! Quel cycliste du dimanche, alors qu'il profitait tranquillement du cadre bucolique, n'a pas été surpris par l'apparition soudaine d'un de ces canidés dont l'intention de pincer du mollet ne fait aucun doute...
Dans la pratique de l'Aïkido l'attaque Tsuki, répond aux mêmes caractéristiques : directe, soudaine, arrive sans prévenir. L'idée de pousser est importante : c'est le corps entier qui s'engage derrière l'attaque. A main nue c'est un "coup de poing direct", avec les armes, Jo ou Boken, c'est une attaque piquée, un estoc. L'arme masquée jusqu'au dernier moment lors de l'attaque au Tanto, illustre parfaitement Tsuki.

Résumé en Mindmap.
TSUKI.jpg

mercredi 23 décembre 2009

Technique Aïkido : Katame Waza

katame_waza_aikido.png
Le kanji 固 signifie fermé, dur, solide, strict, ferme, 技 signifie, technique, art.
Katame Waza est traduit par "technique à finalité immobilisation".

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dimanche 13 septembre 2009

Projections, chutes et techniques d'aïkido.

kanji_nage_projection.png
Article précédent : Ukemi, les chutes un obstacle à la pratique de l'aïkido? Les katame Waza 固 技 sont des techniques d'immobilisation – kata (me) 固 signifiant « fermé, solide, dur ». Ces techniques telles que ikkyo, nikkyo, (….) vont conduire à une chute vers l'avant – Mae Ukemi - où il suffit de baisser et glisser sur le ventre en prenant appui sur un des bras, qui en règle générale, est resté libre.
Les Nage Waza 投 技 sont des techniques de projection. Na (ge) 投 signifiant « jeter, lancer ». Ces techniques vont conduire :

  • Soit à une chute vers l'arrière, chute contrôlée en pliant les genoux et en amortissant la chute en roulant sur le dos.
  • Soit une projection vers l'avant qui déclenche une chute plus ou moins spectaculaire. C'est ce type de projection sur l'avant qui pose le plus de problèmes. L'occurrence de se trouver confronté à une situation qui provoque de manière incontournable une chute vers l'avant « roulée » peut encore être réduite : presque toutes les techniques Nage Waza peuvent se transformer en Katame Waza. (et vice versa, ce qui permet d'ajuster la situation au partenaire)

Reste l'ensemble des Koshi nage et Kokyu Nage. Dans ces cas de figure l'effet « traumatisant » de la chute avant peut être largement minimisé pour les Koshi Nage en veillant à ne pas laisser deux débutants ensemble (lorsqu'elle est contrôlée la chute n'est pas violente), pour les Kokyu Nage, la situation Hamni Handashi – où celui qui fait la technique est à genoux – met en place une situation sécurisante qui permet de minimiser l'appréhension de la chute et favorise l'acquisition des pré requis.
Entrer dans cette logique nécessite de définir en préalable la notion de partenaire : Aïte ou Uke?

相手 Aïte (ensemble, réciproque, mutuel)
受 Uke : recevoir, réceptionner, subir/éprouver

dimanche 6 septembre 2009

Ukemi, les chutes un obstacle à la pratique de l'Aïkido?

kanji_ukemi.pngTrès souvent les chutes - sous leur aspect  aérien , envolé, « spectaculaire » - sont évoquées comme un obstacle à la pratique de l'aïkido. Si certaines écoles donnent à la chute à une valeur d'esthétique (que dire ds chutes dites « tampon buvard »!!?) et lui donne une place centrale, pour beaucoup la chute est un dictat inéluctable qui peut conduire de nouveaux pratiquants - lorsqu'ils n'ont pas renoncé à faire le premier pas - à laisser le kimono au fond d'un placard.


Chute, projection : Ukemi 受身. est composé des deux kanji :
受 Uke : recevoir, réceptionner, subir/éprouver
身 Mi : le corps

後受身 Ushi(ro) ukemi : Chute vers l'arrière
前受身 Mae ukemi : Chute vers l'avant


Dans de nombreux dojos le début de l'entraînement est inévitablement ponctué par une séance de chute. S'entraîner à chuter sans partenaire est une situation artificielle, rien ne vaut l'expérimentation en situation avec un partenaire. Cet exercice n'est positif qu'à dose homéopathique, le temps de donner quelques conseils de base. Un cours d'aïkido n'est pas un cours de gymnastique, il reste la possibilité pour ceux qui le souhaite d'enchaîner des séries de chute après le cours
Segmenter la pratique en créant des catégories en proposant des cours pour débutants, pour séniors, ne fait que contourner le problème et appauvrir le pratique. C'est se priver d'une des richesses de l'aïkido : un brassage de population variée (âge, condition physique, milieu social, ….) qui au travers de la pratique met en scène des situations qui ne trouvent d'issues que dans la conciliation des différences

En réalité, l'occurrence de se trouver confronté à une situation qui provoque de manière incontournable une chute avant « roulée » est réduite ( environ 20% des situations). La chute « envolée », spectaculaire ne doit devenir qu'un choix, un moment pour éventuellement se faire plaisir.

Suite dans le prochain article.

dimanche 21 juin 2009

Curiosité 1

Bientôt les vacances, un moment de détente. Quelques aperçus d'un livre trouvé par hasard il y a quelques années chez un bouquiniste. L'ouvrage à été édidé en 1905 à la suite d'un séjour au Japon de l'auteur. Le titre : "Jiu-Jitsu, méthode japonaise".
Aujourd'hui, voici un premier extrait de ce que l'on pourrait appeler la partie technique. Nous sommes un peu loin de l'aïkido mais ça vaut le coup d'oeil! On pourrait s'attendre à voir kimono, keigogi et hakama...,et bien non, costume, chemise blanche et noeud papillon rien de plus européen.
JUJITSU11.jpg La prise de main pour tomber un adversaire.
Extrait de la description : Le premier de tous les trucs enseignés est la prise de main pour tomber un adversaire. On empoigne la main, les doigts prenant appui sur la paume de l'adversaire, et l'on ferme le pouce de ce dernier qu'on rapproche le plus possible du petit doigt. (...) Aussitôt la main saisie, l'homme qui a fait la prise imprime au poignet de son antagoniste un violent effort de torsion en dehors et par dessus et s'efforce de le renverser. Si la chute semble douteuse, l'assaillant placera son pied droit en arrière de sa victime. Un coup brusque rapidement porté au dessous du menton avec le tranchant de la main restée libre augmentera les chances de succès. (....) Les japonais se servent cependant sans cesse de ce coup qui n'a aucune valeur comme riposte, mais qui est excellent pour mettre sur le dos un adversaire.

JUJITSU12.jpg La suite....Le coup de gosier avec le tranchant du poignet. Cliquez sur l'image pour agrandir
On peut saisir les poignets de l'adversaire mais ceci n'est pas toujours nécessaire. Le principal est de porter avec le tranchant du poignet un coup décisif sur le haut du thorax, en d'autres termes de frapper violemment avec le tranchant du poignet sur ce que l'on appelle "la pomme d'Adam".
Lorsque l'adversaire est par terre, on n'a qu'a se laisser tomber sur lui en lui appuyant le genou sur le creux de l'estomac et à recourir à la prise de gorge qui sera décrite plus loin. (...) Ce coup a l'avantage de ne pas blesser l'homme ainsi repoussé, à moins que celui ci n'ait la malchance de tomber sur la base du crâne. (...) Quand on le porte sur un trottoir d'asphalte, le coup peut être funeste. Dans les assauts courtois on prévient cet accident (fracture du crâne) en faisant usage d'un matelas. Si on l'exécute sur un matelas ou un tas de foin, il n'en peut résulter aucun préjudice pour des hommes en état normal. (...)

Bonne pratique! et attention aux trottoirs en asphalte....il semble que cela puisse être dangereux.

dimanche 24 mai 2009

Vocabulaire des techniques d'aïkido.

Je vous propose aujourd'hui un glossaire, sous forme de MindMap, du vocabulaire des techniques d'aïkido. En quelque sorte "un kit de survie", le minimum vital à connaître. Il ne s'agit pas du glossaire technique de l'aïkido : le périmètre est ici restreint aux techniques, c'est à dire aux principales formes répertoriées dans "le catalogue". Pour ne pas surcharger, l'écriture en idéogramme n'apparaît pas.

Qu'est ce que le catalogue?

Le catalogue regroupe une vingtaine de techniques qui se déclinent en fonction des conditions de départ : position relative des deux partenaires - Gyakuhanmi ou Aïhanmi, attaque de face (Mae) ou sur l'arrière (Ushiro), les deux partenaires étant soit debout (Tachi waza), l'un des deux à genoux (Hanmihandashi waza), ou encore les deux étant à genoux (Suwari waza). La forme technique s'adapte également aux différentes attaques : saisies (dori) ou frappes (uchi, tsuki). Au final on obtient entre 300 et 400 formes différentes non comprises les variations induites par les armes (Jo, Boken et Tanto).
Les témoignages indiquent que le fondateur, Me Ueshiba, n'accordait pas ou peu d'importance à quelque nomenclature technique que ce soit ou n'en faisait il pas état (lire à ce sujet "les maîtres de l'Aïkido") si l'on excepte l'ouvrage "Budo" qu'il a cautionné de son vivant. Ce sont ses Ueshi Deshi (élèves) envoyés à travers le monde pour divulguer l'aïkido qui ont, pour mieux répondre à la culture occidentale, formalisé et regroupé certaines formes techniques (Cf Méthode nationale - Me TAMURA).
Un contenu réduit au strict minimum conférera au catalogue un statut d'outil mnémotechnique intéressant. Rechercher l'exhaustivité serait illusoire : chacune des techniques pouvant se décliner en un nombre de formes quasi illimitées en fonction de la situation, de la morphologie du partenaire, etc.

Apprendre le nom des techniques.

Rien de compliqué! La dénomination d'une technique est une combinaison entre :

  • Les condition de départ
  • Le nom de la technique
  • La saisie ou l'attaque.

C'est pendant et juste après la pratique qu'il faut emmagasiner le vocabulaire en formulant ses propres moyens mnémotechniques, en créant des relations entre les diverses techniques et situations. Par exemple on peut relier "Nikyo" et "Kotegaeshi", le contrôle de l'une visant à une supination du poignet du partenaire, l'autre à la pronation,....Peu à peu tout cela formera un tout.
Vocabulaire_des_techniques_Aikido.jpg Cliquez sur l'image pour agrandir

Ressources.

Budo. Les Enseignements du fondateur de l'Aikido
AIKIDO Méthode Nationale - Nobuyoshi Tamura - (1975) - Epuisé

dimanche 10 mai 2009

L'aïkido se pratique.

waza.png "waza" 技, technique en japonais, est le titre de la nouvelle rubrique consacrée aux techniques d'aïkido mise en ligne aujourd'hui. Avant d'entrer dans le vif du sujet je livre à votre réflexion trois extraits du Tchouang-Tseu (chapitres 3b, 13i et 19g) puis, en conclusion un extrait de "Budo" du Fondateur de l'aïkido Morihei Ueshiba.

tchouangtseu.png

Le fonctionnement des choses.

Le cuisinier Ting dépeçait un boeuf pour le prince Wen-houei. On entendait des houa quand il empoignait de la main l'animal, qu'il retenait sa masse de l'épaule et que, la jambe arqueboutée, du genou l'immobilisait un instant.(...)
- C'est admirable ! s'exclama le prince, je n'aurais jamais imaginé pareille technique !
Le cuisinier posa son couteau et répondit : Ce qui intéresse votre serviteur, c'est le fonctionnement des choses, non la simple technique. Quand j'ai commencé à pratiquer mon métier, je voyais tout le boeuf devant moi. Trois ans plus tard, je n'en voyais plus que des parties. Aujourd'hui, je le trouve par l'esprit sans plus le voir de mes yeux. Mes sens n'interviennent plus, mon esprit agit comme il l'entend et suit de lui-même les linéaments du boeuf. Lorsque ma lame tranche et disjoint, elle suit les failles et les fentes qui s'offrent à elle. Elle ne touche ni aux veines, ni aux tendons, ni à l'enveloppe des os, ni bien sûr à l'os même (...) Quand je rencontre une articulation, je repère le point difficile, je le fixe du regard et, agissant avec une prudence extrême, lentement je découpe. (...). Mon couteau à la main, je me redresse, je regarde autour de moi, amusé et satisfait, et après avoir nettoyer la lame, je le remets dans le fourreau. (…)

La main trouve et l'esprit répond.

...] Le duc de Houan lisait dans la salle, le charron Pien tallait une roue au bas des marches. Le charron posa son ciseau et son maillet, monta les marches et demanda au duc : Puis-je vous demander ce que vous lisez ? - Les paroles des grands hommes, répondit le duc. - Sont-ils encore en vie ? - Non, ils sont morts. - Alors ce que vous lisez-là, ce sont les déjections des Anciens ! - Comment un charron ose t-il discuter ce que je lis ! répliqua le duc ; si tu as une explication, je te ferai grâce ; sinon tu mourras ! - J'en juge d'après mon expérience, répondit le charron. Quand je taille une roue et que j'attaque trop doucement, mon coup ne mord pas. Quand j'attaque trop fort, il s'arrête (dans le bois). Entre force et douceur, la main trouve, et l'esprit répond. Il y a là un tour que je ne puis exprimer par des mots, de sorte que je n'ai pu le transmettre à mes fils, que mes fils n'ont pu le recevoir de moi et que, passé le septantaine, je suis encore là à tailler des roues malgré mon grand âge. Ce qu'ils ne pouvaient transmettre, les Anciens l'on emporté dans la mort. Ce ne sont que leurs déjections que vous lisez là.

Le naturel et la nécessité.

Confucius admirait les chutes de Lü-leand. L'eau tombait d'une hauteur de trois cent pieds et dévalait ensuite en écumant sur quarante lieues. Ni tortues ni crocodiles ne pouvaient se maintenir à cet endroit, mais Confucius aperçut un homme qui nageait là. Il cru que c'était un malheureux qui cherchait la mort et dit à ses disciples de longer la rive pour se porter à son secours. Mais quelques centaines de pas plus loin, l'homme sortit de l'eau et, les cheveux épars, se mit à se promener sur la berge en chantant. Confucius le rattrapa et l'interrogea : "Je vous ai pris pour un revenant mais, de près, vous m'avez l'air d'un vivant. Dites-moi : avez-vous une méthode pour surnager ainsi ? - Non, répondit l'homme, je n'en ai pas. Je suis parti du donné, j'ai développé un naturel et j'ai atteint la nécessité. Je me laisse happer par les tourbillons et remonter par le courant ascendant, je suis les mouvements de l'eau sans agir pour mon propre compte. - Que voulez-vous dire par : partir du donné, développer un naturel, atteindre la nécessité ?" demanda Confucius. L'homme répondit : "Je suis né dans ces collines et je m'y suis senti chez moi : voilà le donné. J'ai grandi dans l'eau et je m'y suis peu à peu senti à l'aise : voilà le naturel. J'ignore pourquoi j'agis comme je le fais : voilà la nécessité".

Trois textes qui décrivent des aspects de l'apprentissage.

Notre activité a deux régimes : le «céleste» et l’ «humain». Tchouang-tseu range dans la catégorie du «céleste» ceux de nos actes qui sont à la fois efficaces et spontanés, dans celle de l’«humain» ceux qui sont voulus et calculés, et par conséquent moins efficaces, voire inefficaces ou malencontreux. Quand l'acte est « du ciel », il résulte spontanément de la conjonction de toutes les facultés et de toutes les ressources qui sont en nous, de celles que nous connaissons aussi bien que de celles qui nous sont cachées. L’acte est, en ce sens, entier. Il est nécessaire en ce qu’il résulte d’une nécessité que nous ne contrôlons pas. Quand l’acte est « de l’homme », par contre, il n’est ni spontané, ni entier, ni nécessaire.» On ne peut pas faire abstraction de l’ humain en nous. L’homme pratiquera donc simultanément une activité «de l’homme» (calculée, prudente) et une activité «du Ciel» (spontanée et nécessaires)

Voir à ce sujet l'article "la voie du juste milieu" rubrique Do

Les stades de l'apprentissage.

  • Comme le cuisinier Ting, le débutant ne sait pas par où commencer tant la tâche semble ardue et pétrie d'inconnues. Il faut se familiariser avec des gestes de base, réussir à coordonner ses mouvements,....

« Quand j'ai commencé à pratiquer mon métier, je voyais tout le boeuf devant moi »-

  • Au bout d'un certains temps, le débutant pourra devenir plus exigeant sur le résultat de chacun des gestes en conformité avec le modèle qu'il a sous les yeux

« Trois ans plus tard, je n'en voyais plus que des parties. ». .

  • Il faut observer et expérimenter par soi même, explorer toutes les composante du geste.

« Ce qui intéresse votre serviteur, c'est le fonctionnement des choses, non la simple technique. ».« Aujourd'hui , (…) Mes sens n'interviennent plus, mon esprit agit comme il l'entend et suit de lui-même les linéaments du boeuf. ». I

  • Même lorsque l'expérience est très grande, il n'en demeure pas moins qu'il faut revenir à la technique

« Quand je rencontre une articulation, je repère le point difficile, je le fixe du regard et, agissant avec une prudence extrême, lentement je découpe. »

Parfois après avoir exécuté une technique ne nous est-il pas arrivé de réagir comme le cuisinier Ting qui, sa tâche accomplie, "se redresse, son couteau à la main, et regarde autour de lui, amusé et satisfait" ?

Le caractère intransmissible du geste

Comme le charron, il y a des "tours que nous ne pouvons pas exprimer par des mots". Nous ne pouvons même pas les transmettre du tout. Comment par exemple expliquer oralement ou par écrit comment faire du vélo ? Nous avons fait la conquête de se savoir faire par nous même en affrontant toutes les difficultés initiales. Par approximations successives "La main trouve" et "l'esprit répond", il enregistre les résultats et tire peu à peu le geste efficace.
Le véritable savoir-faire est paradoxalement intransmissible, le maître "senseï" 先生 ,qui est "celui qui est né avant" c'est à dire "celui qui a expérimenté avant", ne pourra que guider l'apprenti, pour l'aider à comprendre ses erreurs et en tirer plus rapidement des leçons. On comprendra mieux le dédain exprimé par le charron Pien vis vis des livres "les déjections des anciens", point de vue largement partagé dans les arts traditionnels de tous les horizons géographiques.

L'action spontanée comme aboutissement d'un exercice méthodique.

Une fois encore, l'homme dont il est question fait preuve d'une grande maîtrise qu'il ne peut pas expliquer :
« Dites-moi : avez-vous une méthode pour surnager ainsi ? - Non, répondit l'homme, je n'en ai pas. »
« Je suis parti du donné, ». C'est à dire ce qui était au départ.
«  j'ai développé un naturel et j'ai atteint la nécessité. » L'art, dit en substance le nageur, consiste à faire fond sur ces données là, à développer par l'exercice assidu un naturel qui permet de répondre aux courants et aux tourbillons, autrement dit de nager de façon nécessaire.

Une voie vers l'autonomie.

On notera que dans les trois cas, un homme est absorbé par l'exercice de son art, il s'exprime avec peu de mots, de façon concise. Il n'a rien à prouver, la démonstration qu'il vient de faire est suffisante. Tchouang-tseu propose des situations totalement improbables dans la chine de l'époque : qui est un artisan, qui est un homme du peuple, et s'adresse a des souverains fameux dans les deux premiers cas et à Confucius dans le troisième. La maîtrise de leur art leur a donné aux trois une complète indépendance et une parfaite lucidité.

Budo, les enseignements du fondateur de l'Aïki-do.

P4-2.jpgLes six préceptes écrits par Me Ueshiba dans le début des années 30 sont repris dans cet ouvrage.
Au Point 4 « précautions à prendre pour l'entrainement » Me Ueshiba nous dit : « L'instructeur ne peut communiquer qu'une petite partie du savoir : ce n'est que par un entrainement incessant que vous obtiendrez l'expérience nécessaire pour pénétrer les mystères. Votre étude désormais ne doit pas chercher à retenir un grand nombre de techniques diffrentes. Une par une appropriez vous chacune d'elle. »
En conclusion du premier chapitre on peut lire : « chacune des explications est l'essence des dix mille techniques. Toutes les techniques martiales viennent des mêmes principes premiers. Bien sûr, l'ensemble des détails de la stratégie et de la nomenclature technique ne peut pas être traité dans les livres. »

Ressources.

lecon_sur_tchouang_tseu.gif Leçons sur Tchouang-Tseu.
il s'agit d'une introduction au philosophe chinois Tchouang-Tseu, mort sans doute vers 300 av. J-C. Un auteur réputé très difficile, parfois même incompréhensible. Comment donc, dit en substance Jean-François Billeter, cette prétendue illisibilité est surtout affaire de préjugés et de paresse : les traductions sont mauvaises et les auteurs qui ont écrit depuis toujours sur Tchouang-Tseu l'ont fait pas tant à partir de la source que des écrits d'un certain Kouo Siang mort lui en 310 de notre ère et qui constituent un affadissement, voire même un détournement de la pensée de Tchouang-Tseu. Fort de ces intuitions, Jean François Billeter est reparti du début. Ou plus exactement c'est en fréquentant la source, en traduisant divers passages pour son plaisir et pour en discuter avec un ami, que petit à petit, il s'est rendu compte des multiples trahisons dont Tchouang-Tseu faisait l'objet. Il a donc repris le texte, il en a retraduit des passages entiers et est parti de cette idée très simple qu'un philosophe écrit à partir de son expérience propre. Que donc Tchouang-Tseu interrogeait son expérience, la plus simple, la plus proche et qu'il fallait essayer de comprendre laquelle. Le propos et la démarche de l'auteur sont lumineux : un montage de quelques textes retraduits (au demeurant de toute beauté !), avec une gradation, pour faire comprendre comment procède Tchouang Tseu et ce qu'il dit de l'expérience de la vie, de l'apprentissage d'une tâche, de l'attitude de l'homme vis-à-vis de l'activité, etc. On part du très concret, un boucher dépeçant un boeuf et l'on vient au plus profond de la tradition chinoise avec le secret de l'autonomie.
Les explications concernant les choix de traduction sont un véritable régal. Vous pouvez vous procurer cet ouvrage (pour à peine plus de 6 euros) édité dans l'excellente collection Allia chez tous les grands distributeurs, mais je vous invite à privilégier des circuits plus "artisanaux" deux librairies également sur sur le Web:
A Lyon : Librairie Cadence
A Paris : Librairie Le phénix.
Concernant l'oeuvre de Tchouang-Tseu :
Philosophes taoïstes "la pléiade" : Sont réunis Tchouang-Tseu, Lao-Tseu et Lie-Tseu. Abord assez difficile, peu d'explications.
Sur le web, http://fr.wikisource.org/wiki/Œuvre_de_Tchoang-tzeu : traduction de L Wieger; La encore aucune explication. On pourra faire un comparatif avec la traduction de F Billeter.