Lorsque les mots ne concernent pas des objets, mais des émotions, des concepts, des idées, des notions plus ou moins bien définies, il faut démasquer, comme nous le dit Albert Jacquard, ces mots hypocrites qui nous tendent sournoisement le piège de leurs multiples sens …

Traditionnel est un de ces mots « hypocrites » largement usité pour qualifier, estampiller telle ou telle discipline ou art martial et plus largement toute activité « exotique».
Au sens le plus général, dogmatisme est synonyme d’intransigeance, d’autoritarisme, d’étroitesse d’esprit et de raideur : il est le fait de quiconque « dogmatise », c’est à dire affirme sans preuve, ne tolère aucune discussion, parle d’un ton tranchant, porte des jugements péremptoires.
Cet amalgame « dogmatico-traditionnel » permet d’éradiquer toute discussion, réunion, formalisation de fonctionnement

Changer les repères des individus

C’est en opérant à un changement de repère que l’on arrive à tromper la vigilance et le sens critique.
Voir en complément, le billet du 8 juin : Le Dojo, carrefour de deux cultures.

Dans l’article « Philosophie » sur le site EPA ISTA on lit :
"Malheureusement notre éducation occidentale nous formate pour la mauvaise solution, c'est ce qui fait toute la difficulté des pratiquants d'aïkido. Etre capable d'aborder les autres cultures en oubliant la notre est vraiment très difficile."
Le pratiquant est mis dans une position de non sachant captif du discours proposé.

Pour aborder une autre culture je pense qu’il faut aller chercher la solution exactement à l’opposé. C’est une voie plus difficile à mettre en œuvre puisqu’elle sollicite l’intelligence individuelle.
Cette solution, Jean François Billeter éminent sinologue Suisse, nous en pose les contours lorsqu’il écrit :

Lorsqu’on pose, à priori la différence, on perd de vue le fond commun. Quand on part du fond commun, les différences apparaissent d’elles mêmes.

Le discours.

AIKIMARKETINGLe professeur devient le maitre, ce changement de terminologie laisse à l’imaginaire un champ plus vaste et fragilise un peu plus l’auditoire.
Le maitre sélectionne des thèmes qui servent à sa démonstration puis donne une interprétation qui va dans le sens favorable à sa thèse. L’arbitraire de son choix disparait ensuite sous l’unité du discours tenu.



On trouve par exemple dans un des ’articles une interprétation totalement erronée du Kanji "Aï "
Pour conforter le discours, on nous explique que Aï a la signification suivante : "sous un toit il n'y a que le maître qui a le droit de parole". Je vous invite a aller voir l'étymologie de ce kanji sur ce lien. Il n'y a pas d'ambiguité, il ne s'agit pas d'expliquer que dans un dojo c'est le professeur qui donne la direction, cela va beaucoup plus loin.
Le maitre ajoutera ensuite que dans la tradition japonaise la notion de dojo s’étend au delà des murs…..comprenez : vous êtes autonomes mais en liberté surveillée.
Par exemple, vous ne trouverez jamais de lien vers l'extérieur sur un site web EPA.

Un système basé sur un « consensus frauduleux ».

La structure est un système pyramidal à étage multiple, un système qui ressemble à s’y méprendre à du marketing pyramidal à l’américaine basé sur la commercialisation à paliers multiples où il s’agit plus de vendre la société que le produit : une pyramide principale, assimilée à une entreprise avec le maitre au sommet, des pyramides plus petites, les succursales avec les gérants
Le maitre s’entoure, d’un premier cercle d’influence, d’individus acquis à sa cause. On trouve dans ce premier cercle des opportunistes et des individus qui, dans un contexte social difficile, voient là une reconnaissance inespérée. Pour pérenniser ce système, des coutumes japonaises -réminiscences d’un passé féodal- sont détournées pour instaurer une hiérarchie soumise qui se décline jusqu’au pratiquant de base.
Lorsqu’un individu est jugé déviant par le maitre, il faut l’exclure.
Dans l’article « autonomie », on lit :
"Il faut éradiquer cette nuisance de manière efficace et définitive : comme pour la gangrène, si l’on ne coupe pas le membre rapidement, c’est la vie qu’on risque de perdre. Celui qui ne respecte pas son maitre, son dojo ou son enseignement n’a pas sa place au dojo. Son exclusion est nécessaire et indispensable".
Pour ne pas heurter la sensibilité de ceux qui gardent leur esprit critique, et pouvoir mettre au banc des accusés pour n’importe quel motif, la méthode est simple. On isole- surtout ne pas laisser un débat s’instaurer- on discrédite celui qu’il faut éliminer, on l’attaque sur ses compétences avérées.
C’est là une occasion pour les vassaux de monter leur fidélité au maitre. Pour peaufiner le système c’est à dire éviter que l’affectif ne génère des zones de résistances autour d’un pratiquant ou d’un enseignant déviant, l’amitié, les « potes » sont présentés comme des valeurs qui deviennent une entrave à la "réalisation de soi" .
C’est ainsi, que l’année passée, l’on a vu circuler par voie électronique un rappel de la doctrine. Je ne souhaite bien entendu pas, en défendant par ailleurs un aïkido dit traditionnel, être assimilé de près ou de loin à ce type de raisonnement. Non seulement cet exemple ne concourt pas à l’enrichissement personnel mais à terme, les procédés employés peuvent être dangereux pour des individus psychologiquement faible. Dans de tels systèmes, pour qui veut garder son sens critique, il faut adopter l’attitude du sage taoïste ! Soit choisir la fuite, soit éviter d’entrer dans le premier cercle d’influence c’est à dire s’en tenir à pratiquer sans se mêler du reste. Si on peut habiter loin du maitre….c’est encore mieux !

En Résumé

manipul2.jpgIl est important de pointer du doigt les risques induits par un tel changement de repère. Le dojo peut devenir un vaste champs pour qui veut tromper la vigilance et le sens critique. Certains vous dirons que c'est le dojo traditionnel, le cadre dans lequel est né l'aïkido, une démarche en adéquation avec l'aïkido traditionnel tel que le fondateur Me Ueshiba l'a enseigné. En réalité le concept de dojo est détourné pour faire place à une "théorie" qui sert entre autre souvent d'écran de fumée pour justifier des fonctionnements à caractéristique sectaire, à éviter de rendre des comptes sur les aspects financiers.
Dans ce cas de figure, ce discours est mis en scène soigneusement :

  • Un gourou : un leader incontesté, incontestable, craint, aimé.
  • Une doctrine : message unique et ultime de salut.
  • Un groupe : chaleureux, hiérarchisé.

Ils vont accomplir un conditionnement du futur adepte :

  1. Première étape : séduire et survaloriser
  2. Deuxième étape : anesthésier l'esprit critique et la personnalité
  3. Troisième étape : renforcer l'adhésion au groupe et favoriser les ruptures.

Pour conclure définitivement : une page de pub ! visitez le site aikilibre.org
Ressources :

  • Contre François Julien de Jean François Billeter : à lire de absolument, comme tous ses autres ouvrages.
  • BARISOL "love" image parue dans le Monde Diplomatique d'août 2008 - article "La machine à abrutir"
    !!Ressources.
  • La civilisation japonaise - Laurence Caillet - Histoire des moeurs
  • http://www.prevensectes.com (image "manipulation" et comportement sectaires)