La voie "du juste milieu"
Par dmej le dimanche 19 avril 2009, - Do (道) - Lien permanent
Entre ciel et terre.

Une des caractéristiques d'un art traditionnel est de de tenter de concilier
les opposés. La voie du "juste milieu" consiste à trouver la place idéale,
située entre deux extrêmes.
La tradition orientale place l'homme entre terre et ciel. Ci contre, le schéma
(simplifié) symbolique de l'homme représenté entre sol et terre est attribué à
Mencius (Mèng Zi), penseur chinois qui vécu quatre siècles avant notre
ère. Par cette symbolique l'homme s'inscrit dans un espace temps, il est placé
entre ces deux pôles, que sont le sol et ciel, et auxquels sont associés des
qualités et des caractéristiques propres aux images qu'ils peuvent
évoquer.
Le trait placé au centre du schéma, représente la "voie du juste
milieu", l'équilibre à trouver entre les deux pôles.
Les analogies qui en découlent touchent tout ce qui recouvre l'activité humaine
au sens large.
Dans cet article nous limitons le sujet aux problématiques de l'apprentissage,
situation où nous nous trouvons placé entre deux pôles qui correspondent à deux
modes d'acquisition de la connaissance
La terre et la tortue.
Le sol qu'on arpente a la particularité de pouvoir être mesuré, la
terre est donc associée a un carré, en référence au terrain que l'on
découpe en parcelles. Tout ce qui ce qui est mesurable, quantitatif,
manifesté, cartésien, séquentiel, lui est rattaché. La partie
inférieure du schéma de Mencius possède des angles vifs. Traditionnellement on
dit que les pieds de l'homme sont "carrés" pour épouser le sol et ainsi pouvoir
absorber les qualités propres à la terre. Les gloses indiquent que le point
d'acupuncture "Yong quan", le premier point du méridien du rein, qui est situé
sous la plante du pied est "comme une source qui jaillit du sol et
s'élève"....
La méthode d'apprentissage qui correspond est une démarche qui peut
être comparée aux déplacements d'une tortue qui va lentement d'un objet à
l'autre sans en voir les rapports puisqu'elle procède par
succession.
Dans la pratique de l'aïkido, c'est l'étude et
l'appropriation de chacun des gestes de base, de la bio-mécanique des
techniques de base qu'il faut acquérir au jour le jour, millimètre par
millimètre, sans fléchir.
A ce stade de la connaissance, l'appropriation de chacune des techniques du
"catalogue", la quantité de techniques est ressentie comme mesurable,
quantifiable. C'est la période de la tentation d'apprendre le plus grand nombre
techniques possibles, de se cantonner à leur étude sans voir les rapports entre
elles. L'excès peut conduire, entre autre, à un bachotage pour obtenir des
grades, ou plus grave, va enfermer le pratiquant dans une dépendance du modèle
et inhiber sa créativité, son autonomie potentielle. En d'autre termes l'idée
de trouver des solutions à ses problèmes personnels par l'expérimentation n'est
pas envisagée.
Le ciel et l'aigle.
Nous appréhendons le ciel en regardant la voûte céleste c'est pourquoi,
le ciel sera associé au cercle. Le ciel tout comme l'espace et
par conséquent le temps ne se mesurent pas. Le temps se jalonne, en années,
jours, heures, etc. La mesure d'un cercle n'est qu'une approximation dépendante
du nombre Pi. Tout ce qui est non mesurable, qualitatif,
subtil, spontané, intuitif est rattaché au ciel. La partie supérieure
du schéma est circulaire, tournée vers le haut comme un
réceptacle.Traditionnellement on dit que la boite crânienne est ronde pour
épouser la voûte céleste.
La méthode d'apprentissage qui correspond est une démarche qui peut
être comparée à celle de l'aigle qui en s'élevant saisit d'un seul coup d'oeil
l'ensemble de se qui se trouve sous lui, les relations entre les éléments, et
par là pourra en déduire des règles, des lois, ou à minima les
comprendre.
Dans la pratique de l'aïkido, c'est rechercher, aux travers
des bases, tous les points communs entre les techniques, repérer ce qui
fonctionne quelle que soit la situation. Travailler une technique (avec ou sans
arme) dans cet esprit, et c'est toute la discipline qui sera mise en oeuvre. A
ce stade, l'aïkidoka comprend que le nombre de technique est illimité, que
chaque situation apporte des variations qui ne peuvent être pas appréhendées
par des réponses clés en main sorties d'une panoplie.
C'est la partie essentielle de l'étude, qualitative, plus subtile, elle n'est
pas mesurable.
Le juste milieu.
Attention! Ne pas oublier ou ignorer la démarche de la tortue "parce qu'on a
de l'expérience" : analyse (carré) et synthèse (cercle) sont
complémentaires, l'un ne remplacera jamais l'autre. De la même manière, il est
impossible de transformer un cercle en carré d'égale surface, et inversement
(quadrature du cercle)... C'est tout l'art d'un apprentissage bien
conduit.
Un déséquilibre engendre une pratique approximative, qui se satisfait de
situations sécurisantes et au pire dégénère dans des délires, des
"aïkido-danse", des "aïkido-ésotéro-mystique", etc
Invitation à faire un parallèle aïkido - tracé des idéogrammes
Le calligraphe doit avoir le dos entièrement actif et adopter pour cela une posture tout à fait droite. S'il s'adossait ou s'appuyait du coude gauche sur la table, l'aisance et l'assurance de son geste seraient tout de suite compromises, la musculature du dos se relâcherait et cesserait de fournir l'énergie nécessaire à l'acte d'écrire. (...) il plante les pieds sur le sol de part et d'autre de l'axe central. Ce contact avec le sol lui permet de contrôler la verticalité de sa posture, de se passer de tout appui au-dessus de la taille et d'avoir une complète liberté de mouvement dans le haut du corps. (..) et de mettre la plus grande part de ses ressources au service du geste. (...) Cette manière de se tenir favorise une respiration régulière et profonde (..).
Dans : L'art chinois de l'écriture - JF Billeter.
Les caractères sont composés à partir de huit traits élémentaires
traditionnels (le décompte arithmétique est de douze). Une dizaine de règles
régissent l'ordre dans lequel chaque trait sera tracé. La rigueur dans l'ordre
des traits assure qu'un même caractère est exécuté d'un même geste par tout le
monde et que, ce même geste entraînant les mêmes liaisons, le caractère reste
reconnaissable même lorsqu'il est écrit très vite. Ci après le même terme
"aïkido" écrit de plusieurs manières.
- L'écriture régulière se présente sous aspect assez rigide, carré, mais
garde une certaine fluidité lors d'une écriture manuelle (les caractères
typographiques ne rendent pas cette impression).


- L'écriture cursive est fluide, utilise plus largement les courbes, les
arrondis, elle favorise la spontanéité.


C'est à travers une calligraphie réalisée avec le pinceau, outil traditionnel,
que le caractère libérera toute son expression.
Chaque caractère est considéré comme un être vivant, il doit être centré,
autonome, chaque trait est une ligne de force qui concourt à l'équilibre
d'ensemble. Lorsqu'il fait partie d'un ensemble, d'un texte, l'espace vital de
chacun d'eux doit être préservé, son autonomie ne doit pas nuire à l'équilibre
général.
Tandis que la calligraphie occidentale produit des formes arrêtées (1), la
calligraphie et l'écriture chinoise ou japonaise est par essence un art du
geste dont la rigueur de l'apprentissage tranche avec la spontanéité qu'il
génère.
(1) la calligraphie occidentale est soit une écriture appliquée, stylisée,
soit enjolivée de paraphes ou d'autres ornements ; à l'inverse de
l'écriture chinoise, elle élimine les traits individuels, elle est
impersonnelle.

Pour finir, voici comment moins massacrer les 3 kanjis qui composent
"aïkido"... en utilisant les traits de base et respectant l'ordre de leur
tracé...

