Trois le matin et un anniversaire.
Par dmej le samedi 13 juin 2009, - Do (道) - Lien permanent
Trois le matin - la révolte des singes- est le titre d'une fable chinoise
très ancienne que l'on retrouve dans le Lie-Tseu et dans le Tchouang
Tseu.
Démonter les mécanismes du pouvoir et
disséquer l'art de la manipulation est sans doute la raison d'être de cette
fable. C'est tout naturellement que cet article vient suivre mon propos de la semaine
passée.
Je vous livre sans plus attendre le passage du chapitre 2 du Tchouang
Tseu.
Fatiguer son esprit à distinguer les choses une à une sans voir qu'elles
sont identiques c'est ce que j'appelle "trois le matin".
Qu'est ce que cela veut dire? Eh bien ceci :
Un éleveur de singe dit un jour à ses pensionnaires en leur distribuant leur
châtaignes :
- "désormais vous en aurez trois le matin et quatre le soir""
L'éleveur utilise cette rhétorique pour annoncer une restriction
alimentaire.
- "Est ce que cela vous va?" Fureur chez les singes.
- "Bon alors, fait l'homme, vous en aurez quatre le matin et trois le
soir"
Et les singes de manifester leur contentement. Bien que rien ne fut changé de
la réalité ni de sa désignation, l'homme sut provoquer tour à tour la colère et
la joie. C'est cela suivre les inclinaisons.
De la profondeur des "fables" chinoise.
Comme le souligne Jean Levy, la force la version de Tchouang Tseu tient à ce
qu'elle se tait sur les motivations des protagonistes ; elle se contente
de consigner des faits. Telle est la profondeur des fables chinoises, elles
disent et elles ne disent pas. On peut leur attribuer mille
significations différentes, elles suscitent, à l'instar des Ko'an du zen
japonais, des séries d'images et des associations qui se répercutent dans la
conscience en cercles concentriques comme les rides à la surface d'une mare
après le jet d'une pierre.
L'éleveur a peut être agit ainsi sous le coup d'une pénurie qui lui impose
d'économiser les vivres? Prend il les singes pour des imbéciles? Quant aux
singes, sont ils réellement des sots, ou bien ne sont ils pas dupes et sont
reconnaissant de l'attention que leur porte leur maître pour annoncer la
mauvaise nouvelle?
Nous sommes souvent dans la situation des singes de la fable de
Tchouang Tseu, dans des situations banales de la vie quotidienne et
dans notre vie de citoyen. J'ai une anecdote personnelle qui m'a vraiment
interpellée. Il y a quelques années, J'arrive dans une grande surface, pressé
je rempli le chariot de choses et d'autres, j'arrive vers les caisses. Blindées
de monde! J'aperçois une zone en bout du magasin qui me paraît être plus
dégagée. Et là, l'explication tient à une nouveauté : des caisses
automatiques où chaque client scanne ses articles. Quelque peut désabusé je
lève la tête et sur un panneau je lis : "pour votre confort et réduire le
temps d'attente nous avons installé ces nouvelles caisses automatiques" !!! Le
chariot plein est resté dans le magasin. Plus largement dans les sociétés, et
plus que jamais dans nos sociétés contemporaines, on peut s'étonner avec Ernst
Bloch que les travailleurs ne préfèrent pas dans tous les cas "le banco d'une
barricade à leur vie de chiens". Il n'y a certainement rien de surprenant.
Rompu à des siècles de dressage et d'esclavage, la victime demeure si
intimement persuadée qu'elle sera bernée qu'elle fait tout pour qu'il en soit
ainsi. Elle serait déçue s'il en allait autrement et pour le coup se
révolterait. Sinon comment comprendre les résultats des dernières élections
européennes qui placent en tête les représentants d'un gouvernement organisé en
entreprise de déconstruction d'un univers social qui est déjà loin de placer
l'humain au centre des préoccupations.
Revenons dans notre microcosme aïkido.
J'allais presque oublier que le mois de Juin est un mois
anniversaire : un an déjà que je regarde de loin une petite astéroïde
- EPA ISTA- qui voudrait qu'on
la prenne pour une planète....... Non! je ne ferais pas d'association d'idée
entre planète, singes et éleveur!
Ressources : Propos intempestifs sur le Tchouang Tseu - Jean LEVY -
Edition ALLIA.
