Trois le matin - la révolte des singes- est le titre d'une fable chinoise très ancienne que l'on retrouve dans le Lie-Tseu et dans le Tchouang Tseu.

SINGETROISLEMATIN.jpgDémonter les mécanismes du pouvoir et disséquer l'art de la manipulation est sans doute la raison d'être de cette fable. C'est tout naturellement que cet article vient suivre mon propos de la semaine passée.

Je vous livre sans plus attendre le passage du chapitre 2 du Tchouang Tseu.

Fatiguer son esprit à distinguer les choses une à une sans voir qu'elles sont identiques c'est ce que j'appelle "trois le matin".
Qu'est ce que cela veut dire? Eh bien ceci :
Un éleveur de singe dit un jour à ses pensionnaires en leur distribuant leur châtaignes :
- "désormais vous en aurez trois le matin et quatre le soir""
L'éleveur utilise cette rhétorique pour annoncer une restriction alimentaire.
- "Est ce que cela vous va?" Fureur chez les singes.
- "Bon alors, fait l'homme, vous en aurez quatre le matin et trois le soir"
Et les singes de manifester leur contentement. Bien que rien ne fut changé de la réalité ni de sa désignation, l'homme sut provoquer tour à tour la colère et la joie. C'est cela suivre les inclinaisons.

De la profondeur des "fables" chinoise.

Comme le souligne Jean Levy, la force la version de Tchouang Tseu tient à ce qu'elle se tait sur les motivations des protagonistes ; elle se contente de consigner des faits. Telle est la profondeur des fables chinoises, elles disent et elles ne disent pas. On peut leur attribuer mille significations différentes, elles suscitent, à l'instar des Ko'an du zen japonais, des séries d'images et des associations qui se répercutent dans la conscience en cercles concentriques comme les rides à la surface d'une mare après le jet d'une pierre.
L'éleveur a peut être agit ainsi sous le coup d'une pénurie qui lui impose d'économiser les vivres? Prend il les singes pour des imbéciles? Quant aux singes, sont ils réellement des sots, ou bien ne sont ils pas dupes et sont reconnaissant de l'attention que leur porte leur maître pour annoncer la mauvaise nouvelle?
Nous sommes souvent dans la situation des singes de la fable de Tchouang Tseu, dans des situations banales de la vie quotidienne et dans notre vie de citoyen. J'ai une anecdote personnelle qui m'a vraiment interpellée. Il y a quelques années, J'arrive dans une grande surface, pressé je rempli le chariot de choses et d'autres, j'arrive vers les caisses. Blindées de monde! J'aperçois une zone en bout du magasin qui me paraît être plus dégagée. Et là, l'explication tient à une nouveauté : des caisses automatiques où chaque client scanne ses articles. Quelque peut désabusé je lève la tête et sur un panneau je lis : "pour votre confort et réduire le temps d'attente nous avons installé ces nouvelles caisses automatiques" !!! Le chariot plein est resté dans le magasin. Plus largement dans les sociétés, et plus que jamais dans nos sociétés contemporaines, on peut s'étonner avec Ernst Bloch que les travailleurs ne préfèrent pas dans tous les cas "le banco d'une barricade à leur vie de chiens". Il n'y a certainement rien de surprenant. Rompu à des siècles de dressage et d'esclavage, la victime demeure si intimement persuadée qu'elle sera bernée qu'elle fait tout pour qu'il en soit ainsi. Elle serait déçue s'il en allait autrement et pour le coup se révolterait. Sinon comment comprendre les résultats des dernières élections européennes qui placent en tête les représentants d'un gouvernement organisé en entreprise de déconstruction d'un univers social qui est déjà loin de placer l'humain au centre des préoccupations.

Revenons dans notre microcosme aïkido.

J'allais presque oublier que le mois de Juin est un mois anniversaire : un an déjà que je regarde de loin une petite astéroïde - EPA ISTA- qui voudrait qu'on la prenne pour une planète....... Non! je ne ferais pas d'association d'idée entre planète, singes et éleveur!

Ressources : Propos intempestifs sur le Tchouang Tseu - Jean LEVY - Edition ALLIA.