Vous avez dit Aïkido? En théorie oui, certainement. Le kanji 合 (Aï) qui compose le mot Aïkido recouvre les notions de réunion, harmonie, unir, réunir ses forces, faire des efforts communs, conformité, assortir (...). En réalité, l'aïkido n'échappe pas aux luttes intestines, aux prises de pouvoir et leurs cohortes de coups bas.... Même sur le tatami, qui n'a pas été confronté à un partenaire imbu de lui même rendant par là caduque toute étude d'une technique ou d'un principe?
La coopération entre individus, une utopie? Pas si sûr selon Alexrod qui affirme d'après ses observations que :

  • La coopération et l'entraide peuvent se développer, sans l'intervention d'un pouvoir central, en appliquant la stratégie de réciprocité dite du donnant-donnant , tit for tat en anglais.
  • Cette stratégie de réciprocité peut se développer, résister et prospérer contre d'autres stratégies moins coopératives.

Le jeu du "dilemme du prisonnier" (1) illustre bien le propos. Chaque joueur peut coopérer ou faire cavalier seul et doit faire son choix sans connaître la décision de l'autre. Quoi que fasse l'autre, il est plus payant de faire cavalier seul, mais si tous les 2 font cavaliers seul, au final ils s'en sortent moins bien que s'ils avaient coopéré.

Cette stratégie de coopération ne fonctionne :

  • Que si les individus impliqués sont appelés à se revoir, si le futur est engagé. (la confrontation unique favorise la trahison, pas de retombée par la suite)
  • Que si la stratégie de coopération et de réciprocité est affichée, claire, et par conséquent reconnue et identifiée par tous.


Son principe est :

  • De coopérer par défaut. (il vaut mieux gagner 100 alors que l'autre gagne 200, que de gagner 50 alors que l'autre ne gagnerait que 10.)
  • Dans un deuxième temps répondre de la même manière que l'a fait le concurrent lors de la rencontre précédente (trahir s'il a trahi). C'est le "donnant donnant". Continuer la stratégie de coopération


Robert Alexrod a fait appel à des spécialistes connaissant les stratégies dans les situations à somme non nulle (par exemple gagnant-gagnant), et sachant tenir compte de l'interdépendance des stratégies entre elles et de l'importance de l'historique des coups précédents. Plusieurs tournois informatiques, où s'affrontait par le biais de programmes modélisant différentes stratégies, ont été organisés. Il s'est avéré que les stratégies "bienveillantes" sont arrivées et tête et que "donnant-donnant" l'a emporté pratiquement à chaque fois démontrant sa robustesse.

En conclusion, même si au départ seule une minorité de groupes où d'individus "jouent la stratégie donnant- donnant", il vont se faire une place prépondérante, jusqu’à imposer leur stratégie. Cette coopération n’a pas besoin de coordination centralisée, elle peut s’entretenir elle-même.


(1) 2 hommes sont soupçonnés d'un crime. La police les met dans des cellules séparées et leur propose un marché: si l'un avoue et l'autre pas, celui qui avoue est libéré, et l'autre prend 5 ans de prison, si aucun n'avoue (ils coopèrent entre eux) ils prennent tous les 2 un an, s'ils avouent tous les 2 (ils font cavalier seul), ils prennent 3 ans. Apparemment ils ont intérêt à coopérer entre eux, c'est à dire se taire. Mais que va faire l'autre? Dans ce cas, l'objectif est de prendre le moins de "points" (années de prison) possibles. Axelrod a retourné la règle en émettant des points positifs.

Ressources :

  • Albert JACQUARD : "abécédaire de l'ambiguïté".
  • Robert AXELROD : "Comment réussir dans un monde d'égoïste"

http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/axelrod.
html http://www.lesechos.fr/formations/strategie/articles/article_4_4.htm
http://blog.tcrouzet.com/2007/05/24/le-dilemme-du-prisonnier/