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samedi 7 janvier 2017

Comprendre pour agir. 3eme partie : l'aïkido, un sport, une activité physique ou un art?

O sensei ueshibaDans le premier article c'est le fondateur Morihei Ueshiba en temps que source de l'aïkido qui est évoqué : il n'a jamais jugé utile de mettre au point quelques méthodes standardisées que ce soit pour transmettre son savoir, ni nomenclature de techniques, ni kata. Il détestait la forme, ne voyant dans les techniques que la résultante ponctuelle d'un ensemble de principes qui eux sont immuables. Pour lui l'enseignement ne pouvait passer que par kuden, l'enseignement d'individu à individu. Dans cette logique, pas de passage de grade formalisés, il évalue ses élèves selon un contrôle continu avec des critères qui lui sont propres, notamment en testant lui même en situation de pratique les capacités de ses uchi deshi à lire ses intentions, à gérer une technique en temps qu'aïté.
Le deuxième article retrace les difficultés, parfois les déboires et certainement les désillusions des uchi deshi envoyés par le fondateur pour diffuser l'aïkido en France : Tadashi ABE, Mutzuro NAKAZONO, Massamichi NORO et Nobuyoshi TAMURA tous ont tant bien que mal essayé d'adapter et de préserver l'enseignement qu'ils avaient reçu. On pourrait penser que la situation actuelle, un aikido fragmenté en de multiples courants, est le résultat d'un échec des ushi deshi parce qu'ils n'auraient pas su s'adapter d'une part aux différences culturelles entre la France et le Japon et d'autre part aplanir les querelles d'égo et de pouvoir.
En réalité il faut voir dans cette diversité des pratiques une richesse qui est le reflet de la nature plurielle de l'aïkido et avoir conscience qu'une unification conduirait de manière certaine à un nivellement par le bas, à un appauvrissement de la discipline.

Pour préserver cette diversité, il faut se mettre en capacité de s'approprier un trait de la culture Japonaise qui consiste à penser que la pluralité des valeurs et des pensées est une richesse qui contribue à la vérité absolue : être capable de coexister paisiblement et chacun peut s'il le souhaite collaborer avec l'autre, et concourir à l'entretien et à l'enrichissement de l'ensemble.

Malheureusement dans la société actuelle la tendance est plutôt à la normalisation et à la standardisation, pour l'aïkido en temps qu'activité physique le risque est de perdre son originalité en adoptant les codes des activités sportives. Qualifier l'aïkido de sport n'est pas neutre, il est important de bien discerner quelles sont les différences entre sport, activité physique et art.

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samedi 8 octobre 2016

Comprendre pour agir. 2ème partie : la diffusion de l'aïkido en France par les ushi deshi

Introduction de l'aïkido en France

_judo_kawaishi-methode.jpgEn 1951, Minoru Mochizuki (1907- 2003) est invité en Europe pour enseigner le Judo, c'est avec l'aval du fondateur qu'il saisi cette opportunité pour introduire l'aïkido en France. Un an après il est expulsé pour propos antinucléaire. Dès 1952 et jusqu'en 1964 plusieurs élèves du fondateur sont dépêchés pour diffuser l'art de l'aïkido. Ils débarquent sur le sol français handicapés par la barrière de la langue, sans trop savoir ce qui les attends et livrés à eux même sans feuille de route en poche. Tous comprendront rapidement que les différences culturelles entre la France et le Japon rendent illusoire l'idée de faire un "copier-coller" de l'enseignement tel qu'ils l'ont reçu de leur Maître Morihei Ueshiba. Avant eux, Mikinosuke Kawaishi grand expert de judo à déjà fait ce constat. Il vient en France pour la première fois en 1936 puis y réside en grande partie après la guerre. Il se rend compte que les méthodes japonaises ne sont pas vraiment adaptée aux français, il développe donc un système intuitif d'instruction et un ordre numérique des techniques.
(1) Mikinosuke Kawaishi (1889-1969), 10ᵉ dan, judoka japonais pionnier du judo en France.

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dimanche 21 août 2016

Comprendre pour agir. 1ère partie : O sensei comme source de l'aïkido


Article initialement publié en 09/2015 : corrigé et enrichi avant la publication de la 2ème partie.

Article 1 : DES ORIGINES DE L'AÏKIDO A SA TRANSMISSION AUX UCHI DESHI

Tasse_the_tamura.jpg Tamura Sensei (1)

L'aïkido est la création d'O sensei! Les shin aïkido (nouvel aïkido), Tamura ryu (école Tamura) n'ont pas lieu d'être. L'aïkido c'est l'aïkido. Le travail consiste à trouver comment faire pour arriver au niveau de pratique d'O Sensei. La même tasse à thé vue par le côté, par en-dessus ou par en dessous a une forme totalement différente. Aujourd'hui, chacun persuadé d'être dans le vrai s'oppose aux autres à cause d'une vision partielle et va donc à l'encontre de l'enseignement de O sensei. Il faut ouvrir son coeur et voir que telle ou telle vision des choses peut être intéressante. Il ne faut pas être enfermé dans ses certitudes. Même si les fondamentaux doivent être respectés.



Sa diffusion hors du Japon a placé l'aïkido en situation de "produit d'importation" dépossédé de son environnement historique et culturel. Ce statut est inconfortable, il s'agit de garder son identité d'origine tout en s'adaptant au nouvel environnement culturel. Le risque c'est l'effet buvard, qui conduit sans vraiment s'en rendre compte à s'imprégner jusqu'à se calquer sur les systèmes et les modes de fonctionnement majoritairement admis sans vérifier que ceux ci ne dénaturent et ne dégradent pas l'esprit et les fondements d'origine. Très vite après son introduction en France, l'aïkido s'est retrouvé a être répertorié officiellement dans la catégorie des sports. Comme tous les arts, l'aïkido ne se laisse pas enfermer facilement dans des carcans administratifs, des normes et encore moins des dogmes. A l'image de la nature, bétonnez, goudronnez, la végétation bien que d'apparence moins robuste trouvera toujours le moyen de faire surface, ou comme la tristement célèbre firme Monsanto, arrosez les champs de cocktails de désherbant jusqu'à en perdre la raison et l'herbe revient encore plus robuste qu'avant. A ce motif qui tient une place importante dans la prolifération des écoles et courants il faut ajouter l'essor de l'aïkido qui, a lui tout seul a généré jalousie et luttes de pouvoir teintées ou pas de mercantilisme.
Toujours est il que, quelles qu'en soient les raisons, le paysage de l'aïkido en France est cacophonique et ne reflète pas vraiment la direction d'harmonie et de la paix prônés par le Fondateur. Pas simple de s'y retrouver!
Nous nous retrouvons tous plus ou moins, comme dans l'apologue de la brebis égarée tiré du Lie Tseu, tantôt dans la position interrogative des disciples, tantôt dans le doute qu'a leur maître quant au choix de la bonne direction à prendre. Selon la fable, pour ne pas se perdre face à une multitude de choix possibles, il faut remonter à la source" :

C'est à cause des multiples ramifications que la brebis a été perdue, de même que les savants perdent leur vie dans la prolifération des doctrines. Cependant elles ont une origine commune, mais en se transmettant elles en sont arrivées à diverger complètement. Seul celui qui, en remontant à l'unité, en retrouve l'identité et évitera de se perdre".

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dimanche 19 janvier 2014

Aïkido

itamura shihan.jpgPour évoquer Maître Tamura, le mot Aïkido se suffit à lui même, Lien vers une vidéo sur le blog "Sans forme ni chemin". Tamura shihan advice.
Profitez en pour parcourir ce blog, très bien.

dimanche 9 décembre 2012

Ki Musubi - 氣結び

fildesoie.JPGKi Musu(bi), comme Ki no Nagare objet du précédent billet, est un terme propre au vocabulaire de l'aïkido. Leur sens est voisin mais il ne faut pas les confondre. Dans ce billet, nous allons nous intéresser au Kanji 結, Musu(bi). Pour mémoire, le "u" se prononce "ou".

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mercredi 9 décembre 2009

Recueil de conférences de Maître Ueshiba Morihei

TAKEMUSU-AIKI-1.jpgUn ouvrage en 5 volumes dont les deux premiers ont déjà été édités, le troisième est actuellement en cours de traduction et sera publié dans le courant du premier semestre 2010.

Recommandation de Maître TAMURA Nobuyoshi : "Les écrits de Maître Ueshiba sont extrêmement rares et ces notes en sont d'autant plus précieuses.C'est avec émotion que je pense à ces textes qui me font retourner au temps où, uchi deshi, j'ai entendu O Sensei exposer ces sujets au Dôjô, à ses invités et lors de ses voyages. Ce fut pour moi une grande chance et j'en suis toujours très reconnaissant. Ces derniers temps de plus en plus de livres traitant de l'aikido sont publiés mais bien peu s'approchent de sa Substantifique moelle. Qu' aujourd'hui l'on puisse avoir accès à un texte aussi essentiel est remarquable.

On ne pas nier que la littérature "aïkido" offre un paysage morne : des ouvrages bâtis sur un format uniformisé, avec un objectif ultime, la promotion de tel ou tel individu ou groupes d'individus.....Je n'ai pas encore eu entre les mains les 2 ouvrages déjà parus, mais c'est sans hésitation que je répond favorablement à la demande des Editions du Cénacle de France : je vous indique le lien pour en savoir plus :
www.livre-aikido.com
A chacun de se faire une opinion.

dimanche 24 mai 2009

Vocabulaire des techniques d'aïkido.

Je vous propose aujourd'hui un glossaire, sous forme de MindMap, du vocabulaire des techniques d'aïkido. En quelque sorte "un kit de survie", le minimum vital à connaître. Il ne s'agit pas du glossaire technique de l'aïkido : le périmètre est ici restreint aux techniques, c'est à dire aux principales formes répertoriées dans "le catalogue". Pour ne pas surcharger, l'écriture en idéogramme n'apparaît pas.

Qu'est ce que le catalogue?

Le catalogue regroupe une vingtaine de techniques qui se déclinent en fonction des conditions de départ : position relative des deux partenaires - Gyakuhanmi ou Aïhanmi, attaque de face (Mae) ou sur l'arrière (Ushiro), les deux partenaires étant soit debout (Tachi waza), l'un des deux à genoux (Hanmihandashi waza), ou encore les deux étant à genoux (Suwari waza). La forme technique s'adapte également aux différentes attaques : saisies (dori) ou frappes (uchi, tsuki). Au final on obtient entre 300 et 400 formes différentes non comprises les variations induites par les armes (Jo, Boken et Tanto).
Les témoignages indiquent que le fondateur, Me Ueshiba, n'accordait pas ou peu d'importance à quelque nomenclature technique que ce soit ou n'en faisait il pas état (lire à ce sujet "les maîtres de l'Aïkido") si l'on excepte l'ouvrage "Budo" qu'il a cautionné de son vivant. Ce sont ses Ueshi Deshi (élèves) envoyés à travers le monde pour divulguer l'aïkido qui ont, pour mieux répondre à la culture occidentale, formalisé et regroupé certaines formes techniques (Cf Méthode nationale - Me TAMURA).
Un contenu réduit au strict minimum conférera au catalogue un statut d'outil mnémotechnique intéressant. Rechercher l'exhaustivité serait illusoire : chacune des techniques pouvant se décliner en un nombre de formes quasi illimitées en fonction de la situation, de la morphologie du partenaire, etc.

Apprendre le nom des techniques.

Rien de compliqué! La dénomination d'une technique est une combinaison entre :

  • Les condition de départ
  • Le nom de la technique
  • La saisie ou l'attaque.

C'est pendant et juste après la pratique qu'il faut emmagasiner le vocabulaire en formulant ses propres moyens mnémotechniques, en créant des relations entre les diverses techniques et situations. Par exemple on peut relier "Nikyo" et "Kotegaeshi", le contrôle de l'une visant à une supination du poignet du partenaire, l'autre à la pronation,....Peu à peu tout cela formera un tout.
Vocabulaire_des_techniques_Aikido.jpg Cliquez sur l'image pour agrandir

Ressources.

Budo. Les Enseignements du fondateur de l'Aikido
AIKIDO Méthode Nationale - Nobuyoshi Tamura - (1975) - Epuisé

mardi 3 février 2009

Vocabulaire, terminologie, Culture, tradition et Aïkido.

Le vocabulaire de l’aïkido

Tout le vocabulaire, la terminologie propre à la pratique de l’aïkido, est d’origine japonais. Pour les langues telles que le chinois ou le japonais il existe des systèmes de translitération qui permettent de transposer des signes tels que les sinogrammes – les « Kanji » japonais - dans notre langue alphabétique latine. C'est ce que l'on appelle l'écriture "rômaji", littéralement écriture romane. Tout n'est pas aussi simple, il existe plusieurs systèmes de transcription. Pour le japonais c'est le système Hepburn qui est le plus usité même si ce n'est pas celui qui est officiel.
Pour les pratiquants d’aïkido, c’est le langage commun, incontournable : il faut apprendre un minimum de termes. Nous verrons ultérieurement qu’avec un peu de méthode, un classement adapté, cet apprentissage du vocabulaire peut devenir enrichissant. La carte mentale proposée lors de l’article précédent suggère que la langue, ou plus précisément l’écriture originelle – les kanjis – peut constituer un lien direct avec une culture et des traditions qui sont aux origines de notre art.

cartevocabulaire.jpg

Une approche très simplifiée de l’écriture japonaise.

Jusqu’au IVème siècle les Japonais n’ont pas de système d’écriture. Le Japon empruntera les graphies chinoises ainsi qu’une foule de termes et de textes chinois. Ils durent adapter l’écriture chinoise aux caractéristiques de leur langue : les mots chinois sont monosyllabiques et invariables tandis que le japonais est une langue polysyllabique dont les mots sont modifiés par l’adjonction de terminaisons et de suffixes. Un texte japonais comporte une proportion variable de caractères chinois, les « kanji », et de caractères phonétiques, les « Kana ».

Les « kana », signes phonétiques n’ont d’intérêt que si l’on souhaite apprendre le japonais.

Le syllabaire kana comporte en signes qui se déclinent en deux catégories de 46 signes graphiques complémentaires : les hiragana et les katakana.

Les katakana : La structure des katakana est rigide et anguleuse. ils ont été crées dans le but de simplifier l’écriture chinoise. Chaque katakana conserve quelques barres et points de son caractère d’origine mais garde sa valeur phonétique d’origine.
Ils servent à transcrire des mots d’origine autre que chinoise ou Japonaise ainsi qu’à préciser la prononciation d’un caractère chinois peu utilisé.
Les hiragana : À l’inverse des katakana, les hiragana ont une apparence onduleuse et souple. Ils sont dérivés des graphies de l’écriture cursive de caractères chinois : ils servent à transcrire phonétiquement tout ce qui dans la langue japonaise diffère trop du chinois pour être rendu par des caractères.
Très longtemps les femmes n’apprenaient que les hiragana ce qui ne leur laissait l’accès qu’aux textes « vulgaires » : romans japonais ou autres textes qui étaient le plus souvent transcrit ainsi.

Les textes « sérieux », philosophiques, scientifiques, ou historiques n’étaient transcrits qu’en caractères chinois – Kanji en japonais -

Kanji signifie ''"caractère d'écriture des Han" '' Il s’agit d’une écriture figurative où il est tout à fait possible d’apprendre le sens d’un caractère sans en connaître sa prononciation.
Ni les japonais, sous la pression américaine d’après la guerre, ni la révolution culturelle chinoise n’auront raison de ce système d’écriture unique.
Jusqu’à la seconde guerre mondiale tout caractère chinois pouvait être employé en japonais. Aujourd’hui leur nombre est officiellement limité à 1800 caractères sur les 8000 utilisés par les lettrés et calligraphes.

Quel intérêt ?

Dans « l’écriture et la psychologie des peuples » Jacques Grenet écrit :

« Alors que les écritures alphabétiques sont assez étroitement liées à cette réalité changeante qu’est le langage, ce que fit au contraire de l’écriture chinoise – et de la langue écrite chinoise – un remarquable instrument de civilisation, c’est son indépendance à l’égard des diversités dialectales et même linguistes. Les japonais, dont la langue diffère pourtant si profondément du chinois par son polysyllabisme et sa syntaxe, ont emprunté tout leur vocabulaire graphique savant à la chine. Cet héritage pèse d’un poids si lourd et il a une telle valeur à la fois du point de vue sémantique et du point de vue esthétique que les Japonais n’ont pu se résoudre à le sacrifier au profit d’une écriture alphabétique qui aurait pour effet une confusion des sons et des formes. »


Dans « Les idéogrammes chinois ou l’empire des sens » - Joël Bellasen et Wong Wa :

« Une langue et son écriture, que celle-ci soit idéographique ou phonétique, ne sont pas une simple strate de connaissance, mais quelque chose qui structure l’individu. À travers une langue et une écriture particulière transparaît une perception et une approche du monde différente. Et quand celle-ci privilégie le sens, la combinaison l’espace et l’image contre la verbalisation et le découpage analytiques, il peut être intéressant d’observer en quoi certains aspects d’un univers culturel (philosophie, psychologie, esthétique, tradition pédagogique, ….), peuvent se déduire en partie de la nature même de cette écriture. »


Dans notre « sphère Aïkido », à la question : Il est donc nécessaire selon vous de connaitre la culture japonaise pour comprendre l’Aïkido ? Me TAMURA Répond :

"Ce n’est pas indispensable mais cela permet probablement d’aller plus vite, c’est un fait indéniable. Si on prend simplement l’exemple de la langue, pour un japonais, même débutant, shiho-nage est assez explicite. Et lorsqu’il entend le nom de la technique cela précise son application physique. Il comprend que c’est une projection dans les quatre directions, peut facilement en déduire que cela signifie symboliquement toutes les directions et pénétrer plus profondément le sens de cette technique. Lorsqu’on traduit irimi en français cela devient « entrer » mais cela reste assez vague et il est difficile de s’appuyer sur ce mot pour comprendre la technique. C’est la même chose pour hitoemi, ou sankakuho. Un japonais comprendra souvent instinctivement ce que signifient ces termes car ils sont associés à des kanjis (idéogrammes) qui ont un champ d’expression à la fois vaste et subtil."