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dimanche 23 août 2009

Cahier N°1 AIKI-DO 合氣 道

DO_Kanji_ancien.jpgJe vous propose désormais en téléchargement (version PDF imprimable) une série de "cahier" qui reprendra tout ou partie - avec parfois des ajouts - les articles de ce blog.

Pour télécharger le document : en bas de l'article, clic sur "annexe".

Sommaire du cahier n°1

Le point de départ de ce premier cahier c'est les trois caractères合氣 道, kanji ou encore sinogrammes, qui composent «  Aïkido ». Le parcours proposé passe de la signification à l'étymologie, à la graphie des caractères, à leur histoire , à des détours vers la pensée ou des pratiques chinoises anciennes, (Qi Gong, Calligraphie, « Acupuncture ».,..), vers des principes de l'aïkido : Omoté/Ura, Ki no Nagare, …

Format, principe .

L'approche, l'étude et l'apprentissage de l'aïkido dit « traditionnel » n'ont pas la linéarité à laquelle nous sommes habitué. Par nature un art ne peut pas et ne doit pas se laisser enfermer dans des normes. L'idée de base est d'adapter le format écrit à ces caractéristiques : dans ces cahiers, ne cherchez pas des chapitres, sous chapitres et paragraphes numérotés, il n'y en a pas.
Entreprendre l'étude de l'aïkido c'est explorer des strates, n'en retenir et n'en comprendre que des fragments, revenir sur chacune d'elles, qui, comme autant de poupées russes emboitées les unes dans les autres, s'ingénient à nous apporter plus de questions que de réponses. J'ai également choisi de donner une place centrale à la découverte de la langue japonaise – dans sa spécificité d'écriture figurative - pour tenter d'accéder à une culture dans laquelle l'aïkido puise ses origines, culture que nous appréhendons, si nous n'y prenons garde, au travers de préjugés, de prismes déformant, d'idées reçues prises comme certitudes. Autant d'approximations qui sont des freins : l'étude de l'aïkido, ne supporte pas la simplification ou la vulgarisation, il faut oeuvrer en profondeur, et qui dit en profondeur voit facilement l'obscurité.


Pour remettre les choses à leur juste place!

L'AïKi ne peut se résumer,
En écrits ou paroles,
Sans dissertation inutile,
La compréhension viendra de la pratique.

Moriheï UESHIBA.

lundi 8 juin 2009

Le dojo , carrefour de deux cultures.

Le dojo est le lieu de la pratique.

Comment transposer dans notre culture et notre société du 21ème siècle ce concept ? C'est une question identifiée mais laissée en suspens dans l'article "aïkido et cartes heuristiques" Comme tout lieu où se réunit un groupe d'individus l'organisation est régie par des règles spatiales et des règles qui définissent les relations entre les individus. Ces règles diffèrent d'une culture l'autre. Transposer l'aïkido dans notre société, si l'on veut préserver son aspect traditionnel, conjugue ces deux difficultés : l'aïkido véhicule à la fois un historique, des traditions et des coutumes des arts martiaux japonais et plus largement de la société japonaise. Dans notre société le dojo est le plus souvent situé dans un complexe sportif dont l'agencement spatial répond aux impératifs de sécurité et permet la co activité avec d'autres disciplines.

kanji_dojo.png

Imaginons maintenant un de nos contemporain du pays du soleil levant qui découvre un dojo.

Si j'ai une honnête connaissance de la culture, des traditions et de l'histoire de mon pays, ce n’est pas parce que je suis asiatique, mais simplement parce que je vis depuis toujours au Japon et que ces sujets ont quelques intérêts pour moi.
Pratiquer l'aïkido dans le Japon du 21ème siècle n'est pas très répandu, il y a moins de pratiquant au Japon qu'en France! Par contre nous avons une longue tradition martiale qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours grâce à une mutation, salvatrice pour ces arts traditionnels, qui a commencé vers la fin de l'ère Meiji. Cette période vit la disparition du système féodal, système qui aujourd'hui encore influence largement notre société. Même si les générations actuelles préfèrent s'orienter vers des sports médiatisés, il est de coutume qu'en passant devant le jardin public, j'entende une bande d'enfant, bâton en main, prendre leur première leçon de "Kendo". Une heure de suite, ils réitèrent un unique mouvement : lever le bâton au dessus de la tête en hurlant aussi fort qu'ils le peuvent. Ici l'apprentissage est imitation répétée en recopiant inlassablement un geste jusqu'à la perfection. On n’apprend pas une technique, on copie un individu supérieur.
Lorsque j'évoque le mot "dojo", ce ne sont pas les quatre lettres romanes qui me viennent à l'esprit, mais les deux kanji 道場. Mon érudition me permet de savoir qu'en chinois 道場 (prononciation "dào chǎng"), ces idéogrammes désignent un temple taoïste ou bouddhiste. Ceci ne m'étonne pas compte tenu de l'étymologie des caractères (1). De ce fait, le dojo - même si n’est que symboliquement s’il est situé dans un complexe sportif moderne - se doit d’être en harmonie avec la nature, l’univers : son orientation et sa structure ne se sont pas le fruit du hasard. Le mur situé face au Sud: "kamiza" 上座 est, comme me l'indique le pictogramme 上 est le côté honorifique, à l'inverse le pictogramme 下 -composé de 下座 qui s'écrit pour vous "shimoza"- m'indique que le mur d'en face est moins important, ce sera la place des pratiquants. Les élèves les plus anciens à l'Est, les autres côté Ouest. Je vous expliquerais tout cela plus tard.
En fait, nous pensons depuis fort longtemps que les activités profanes ont plus de chance d’aboutir lorsqu’elles se conforment à une sorte de mandat divin.
Dans le dojo comme dans toutes les demeures traditionnelles sied le « Toko no ma ». - côté "kamiza"- Il s’agit d’un renfoncement surélevé où le portrait du fondateur – Me Ueshiba - remplace le traditionnel rouleau peint encadré de tissus, au dessous duquel prône un bouquet de fleur. Dans sa forme la plus classique ce bouquet est composé de trois branches, trois fleurs aux tiges de longueur différente. La plus longue représente le ciel, la plus brève la terre ; entre les deux, l’homme. L’harmonie de ces trois composantes – conçue selon une morale d’inspiration confucéenne – signifie le monde dans sa totalité. L’ordre ainsi artificiellement conçu n’est que le reflet social instauré par les hommes. L’ordre, le rituel, les relations entre les individus dans le dojo me sont familières : comme dans la société japonaise l'homme a moins de droits que de devoirs - "Gimu" 義 務- et de dettes - "Giri" 義 理- définies par la position qu'il occupe dans la société. La docilité vis à vis des règles immanentes constitue une valeur essentielle de la vie sociale. Jadis dans les écoles on disait : « Lorsqu’un clou dépasse, on tape sur la tête ».
Ici, au Japon, les relations sont bâties sur le principe de l'inégalité entre les individus. A l’école, puis dans l’entreprise et bien sûr au dojo, au sein de groupes définis ou perçus comme des lieux, la hiérarchie est celle de l'antériorité. Le cadet, le débutant, est inférieur, il se montrera toujours honoré que l’on fasse appel à lui, même sous forme de brimade.
Ainsi les rituels dans le dojo ont des origines différentes, c’est très naturellement qu’ils coexistent. Certains rituels, et mouvements exécutés lors de la préparation ont pour origine la religion shintoïste, d'autres ont une origine martiale et d'autres encore n'ont aucune signification ou encore ne s'agit il que comme je vous l'ai exposé ci avant, que de comportement sociaux. J’ai du mal à vous expliquer cela, chez nous au Japon ce que vous appelez « correct », se dit souvent « beau ». C’est la réponse que nous apportons pour justifier des comportements d’apparence inutile. Par exemple, dans la cérémonie du thé qui est régie par un rituel d’une extrême complexité, le code ne revoie à aucune justification : le thé est un rituel qui n’a pas d’autre but que lui même. A l’origine il a été crée par les moines zen pour éviter de s’assoupir au cours de leur longues méditations, utilisé par les guerriers pour apaiser leur combativité ; c’est un support à la concentration.

(1).Dojo 道場 est composé par deux kanji

Do : voir les articles de la catégorie "Do"
Jo 場 : Une aire, un lieu. La partie de gauche du caractère 士 représente la terre, l'humus, la partie de droite 昜 Le soleil qui darde ses rayons( cf caractère Yang).

En complément à l'article "ombres et lumières"

manipul2.jpgIl est important de pointer du doigt les risques induits par un tel changement de repère. Le dojo peut devenir un vaste champs pour qui veut tromper la vigilance et le sens critique (voir 2ème étape ci après). Certains vous dirons que c'est le dojo traditionnel, le cadre dans lequel est né l'aïkido, une démarche en adéquation avec l'aïkido traditionnel tel que le fondateur Me Ueshiba l'a enseigné. En réalité cette "théorie" sert souvent d'écran de fumée pour justifier des fonctionnements à caractéristique sectaire, à éviter de rendre des comptes sur les aspects financiers.
Dans ce cas de figure, ce discours est mis en scène soigneusement :

  • Un gourou : un leader incontesté, incontestable, craint, aimé.
  • Une doctrine : message unique et ultime de salut.
  • Un groupe : chaleureux, hiérarchisé.

Ils vont accomplir un conditionnement du futur adepte :

  1. Première étape : séduire et survaloriser
  2. Deuxième étape : anesthésier l'esprit critique et la personnalité
  3. Troisième étape : renforcer l'adhésion au groupe et favoriser les ruptures.


Ressources.

La civilisation japonaise - Laurence Caillet - Histoire des moeurs
http://www.prevensectes.com (image "manipulation" et comportement sectaires)

dimanche 24 mai 2009

Vocabulaire des techniques d'aïkido.

Je vous propose aujourd'hui un glossaire, sous forme de MindMap, du vocabulaire des techniques d'aïkido. En quelque sorte "un kit de survie", le minimum vital à connaître. Il ne s'agit pas du glossaire technique de l'aïkido : le périmètre est ici restreint aux techniques, c'est à dire aux principales formes répertoriées dans "le catalogue". Pour ne pas surcharger, l'écriture en idéogramme n'apparaît pas.

Qu'est ce que le catalogue?

Le catalogue regroupe une vingtaine de techniques qui se déclinent en fonction des conditions de départ : position relative des deux partenaires - Gyakuhanmi ou Aïhanmi, attaque de face (Mae) ou sur l'arrière (Ushiro), les deux partenaires étant soit debout (Tachi waza), l'un des deux à genoux (Hanmihandashi waza), ou encore les deux étant à genoux (Suwari waza). La forme technique s'adapte également aux différentes attaques : saisies (dori) ou frappes (uchi, tsuki). Au final on obtient entre 300 et 400 formes différentes non comprises les variations induites par les armes (Jo, Boken et Tanto).
Les témoignages indiquent que le fondateur, Me Ueshiba, n'accordait pas ou peu d'importance à quelque nomenclature technique que ce soit ou n'en faisait il pas état (lire à ce sujet "les maîtres de l'Aïkido") si l'on excepte l'ouvrage "Budo" qu'il a cautionné de son vivant. Ce sont ses Ueshi Deshi (élèves) envoyés à travers le monde pour divulguer l'aïkido qui ont, pour mieux répondre à la culture occidentale, formalisé et regroupé certaines formes techniques (Cf Méthode nationale - Me TAMURA).
Un contenu réduit au strict minimum conférera au catalogue un statut d'outil mnémotechnique intéressant. Rechercher l'exhaustivité serait illusoire : chacune des techniques pouvant se décliner en un nombre de formes quasi illimitées en fonction de la situation, de la morphologie du partenaire, etc.

Apprendre le nom des techniques.

Rien de compliqué! La dénomination d'une technique est une combinaison entre :

  • Les condition de départ
  • Le nom de la technique
  • La saisie ou l'attaque.

C'est pendant et juste après la pratique qu'il faut emmagasiner le vocabulaire en formulant ses propres moyens mnémotechniques, en créant des relations entre les diverses techniques et situations. Par exemple on peut relier "Nikyo" et "Kotegaeshi", le contrôle de l'une visant à une supination du poignet du partenaire, l'autre à la pronation,....Peu à peu tout cela formera un tout.
Vocabulaire_des_techniques_Aikido.jpg
Cliquez sur l'image pour agrandir

Ressources.

Budo. Les Enseignements du fondateur de l'Aikido
AIKIDO Méthode Nationale - Nobuyoshi Tamura - (1975) - Epuisé

dimanche 10 mai 2009

L'aïkido se pratique.

waza.png "waza" 技, technique en japonais, est le titre de la nouvelle rubrique consacrée aux techniques d'aïkido mise en ligne aujourd'hui. Avant d'entrer dans le vif du sujet je livre à votre réflexion trois extraits du Tchouang-Tseu (chapitres 3b, 13i et 19g) puis, en conclusion un extrait de "Budo" du Fondateur de l'aïkido Morihei Ueshiba.

tchouangtseu.png

Le fonctionnement des choses.

Le cuisinier Ting dépeçait un boeuf pour le prince Wen-houei. On entendait des houa quand il empoignait de la main l'animal, qu'il retenait sa masse de l'épaule et que, la jambe arqueboutée, du genou l'immobilisait un instant.(...)
- C'est admirable ! s'exclama le prince, je n'aurais jamais imaginé pareille technique !
Le cuisinier posa son couteau et répondit : Ce qui intéresse votre serviteur, c'est le fonctionnement des choses, non la simple technique. Quand j'ai commencé à pratiquer mon métier, je voyais tout le boeuf devant moi. Trois ans plus tard, je n'en voyais plus que des parties. Aujourd'hui, je le trouve par l'esprit sans plus le voir de mes yeux. Mes sens n'interviennent plus, mon esprit agit comme il l'entend et suit de lui-même les linéaments du boeuf. Lorsque ma lame tranche et disjoint, elle suit les failles et les fentes qui s'offrent à elle. Elle ne touche ni aux veines, ni aux tendons, ni à l'enveloppe des os, ni bien sûr à l'os même (...) Quand je rencontre une articulation, je repère le point difficile, je le fixe du regard et, agissant avec une prudence extrême, lentement je découpe. (...). Mon couteau à la main, je me redresse, je regarde autour de moi, amusé et satisfait, et après avoir nettoyer la lame, je le remets dans le fourreau. (…)

La main trouve et l'esprit répond.

...] Le duc de Houan lisait dans la salle, le charron Pien tallait une roue au bas des marches. Le charron posa son ciseau et son maillet, monta les marches et demanda au duc : Puis-je vous demander ce que vous lisez ? - Les paroles des grands hommes, répondit le duc. - Sont-ils encore en vie ? - Non, ils sont morts. - Alors ce que vous lisez-là, ce sont les déjections des Anciens ! - Comment un charron ose t-il discuter ce que je lis ! répliqua le duc ; si tu as une explication, je te ferai grâce ; sinon tu mourras ! - J'en juge d'après mon expérience, répondit le charron. Quand je taille une roue et que j'attaque trop doucement, mon coup ne mord pas. Quand j'attaque trop fort, il s'arrête (dans le bois). Entre force et douceur, la main trouve, et l'esprit répond. Il y a là un tour que je ne puis exprimer par des mots, de sorte que je n'ai pu le transmettre à mes fils, que mes fils n'ont pu le recevoir de moi et que, passé le septantaine, je suis encore là à tailler des roues malgré mon grand âge. Ce qu'ils ne pouvaient transmettre, les Anciens l'on emporté dans la mort. Ce ne sont que leurs déjections que vous lisez là.

Le naturel et la nécessité.

Confucius admirait les chutes de Lü-leand. L'eau tombait d'une hauteur de trois cent pieds et dévalait ensuite en écumant sur quarante lieues. Ni tortues ni crocodiles ne pouvaient se maintenir à cet endroit, mais Confucius aperçut un homme qui nageait là. Il cru que c'était un malheureux qui cherchait la mort et dit à ses disciples de longer la rive pour se porter à son secours. Mais quelques centaines de pas plus loin, l'homme sortit de l'eau et, les cheveux épars, se mit à se promener sur la berge en chantant. Confucius le rattrapa et l'interrogea : "Je vous ai pris pour un revenant mais, de près, vous m'avez l'air d'un vivant. Dites-moi : avez-vous une méthode pour surnager ainsi ? - Non, répondit l'homme, je n'en ai pas. Je suis parti du donné, j'ai développé un naturel et j'ai atteint la nécessité. Je me laisse happer par les tourbillons et remonter par le courant ascendant, je suis les mouvements de l'eau sans agir pour mon propre compte. - Que voulez-vous dire par : partir du donné, développer un naturel, atteindre la nécessité ?" demanda Confucius. L'homme répondit : "Je suis né dans ces collines et je m'y suis senti chez moi : voilà le donné. J'ai grandi dans l'eau et je m'y suis peu à peu senti à l'aise : voilà le naturel. J'ignore pourquoi j'agis comme je le fais : voilà la nécessité".

Trois textes qui décrivent des aspects de l'apprentissage.

Notre activité a deux régimes : le «céleste» et l’ «humain». Tchouang-tseu range dans la catégorie du «céleste» ceux de nos actes qui sont à la fois efficaces et spontanés, dans celle de l’«humain» ceux qui sont voulus et calculés, et par conséquent moins efficaces, voire inefficaces ou malencontreux. Quand l'acte est « du ciel », il résulte spontanément de la conjonction de toutes les facultés et de toutes les ressources qui sont en nous, de celles que nous connaissons aussi bien que de celles qui nous sont cachées. L’acte est, en ce sens, entier. Il est nécessaire en ce qu’il résulte d’une nécessité que nous ne contrôlons pas. Quand l’acte est « de l’homme », par contre, il n’est ni spontané, ni entier, ni nécessaire.» On ne peut pas faire abstraction de l’ humain en nous. L’homme pratiquera donc simultanément une activité «de l’homme» (calculée, prudente) et une activité «du Ciel» (spontanée et nécessaires)

Voir à ce sujet l'article "la voie du juste milieu" rubrique Do

Les stades de l'apprentissage.

  • Comme le cuisinier Ting, le débutant ne sait pas par où commencer tant la tâche semble ardue et pétrie d'inconnues. Il faut se familiariser avec des gestes de base, réussir à coordonner ses mouvements,....

« Quand j'ai commencé à pratiquer mon métier, je voyais tout le boeuf devant moi »-

  • Au bout d'un certains temps, le débutant pourra devenir plus exigeant sur le résultat de chacun des gestes en conformité avec le modèle qu'il a sous les yeux

« Trois ans plus tard, je n'en voyais plus que des parties. ». .

  • Il faut observer et expérimenter par soi même, explorer toutes les composante du geste.

« Ce qui intéresse votre serviteur, c'est le fonctionnement des choses, non la simple technique. ».« Aujourd'hui , (…) Mes sens n'interviennent plus, mon esprit agit comme il l'entend et suit de lui-même les linéaments du boeuf. ». I

  • Même lorsque l'expérience est très grande, il n'en demeure pas moins qu'il faut revenir à la technique

« Quand je rencontre une articulation, je repère le point difficile, je le fixe du regard et, agissant avec une prudence extrême, lentement je découpe. »

Parfois après avoir exécuté une technique ne nous est-il pas arrivé de réagir comme le cuisinier Ting qui, sa tâche accomplie, "se redresse, son couteau à la main, et regarde autour de lui, amusé et satisfait" ?

Le caractère intransmissible du geste

Comme le charron, il y a des "tours que nous ne pouvons pas exprimer par des mots". Nous ne pouvons même pas les transmettre du tout. Comment par exemple expliquer oralement ou par écrit comment faire du vélo ? Nous avons fait la conquête de se savoir faire par nous même en affrontant toutes les difficultés initiales. Par approximations successives "La main trouve" et "l'esprit répond", il enregistre les résultats et tire peu à peu le geste efficace.
Le véritable savoir-faire est paradoxalement intransmissible, le maître "senseï" 先生 ,qui est "celui qui est né avant" c'est à dire "celui qui a expérimenté avant", ne pourra que guider l'apprenti, pour l'aider à comprendre ses erreurs et en tirer plus rapidement des leçons. On comprendra mieux le dédain exprimé par le charron Pien vis vis des livres "les déjections des anciens", point de vue largement partagé dans les arts traditionnels de tous les horizons géographiques.

L'action spontanée comme aboutissement d'un exercice méthodique.

Une fois encore, l'homme dont il est question fait preuve d'une grande maîtrise qu'il ne peut pas expliquer :
« Dites-moi : avez-vous une méthode pour surnager ainsi ? - Non, répondit l'homme, je n'en ai pas. »
« Je suis parti du donné, ». C'est à dire ce qui était au départ.
«  j'ai développé un naturel et j'ai atteint la nécessité. » L'art, dit en substance le nageur, consiste à faire fond sur ces données là, à développer par l'exercice assidu un naturel qui permet de répondre aux courants et aux tourbillons, autrement dit de nager de façon nécessaire.

Une voie vers l'autonomie.

On notera que dans les trois cas, un homme est absorbé par l'exercice de son art, il s'exprime avec peu de mots, de façon concise. Il n'a rien à prouver, la démonstration qu'il vient de faire est suffisante. Tchouang-tseu propose des situations totalement improbables dans la chine de l'époque : qui est un artisan, qui est un homme du peuple, et s'adresse a des souverains fameux dans les deux premiers cas et à Confucius dans le troisième. La maîtrise de leur art leur a donné aux trois une complète indépendance et une parfaite lucidité.

Budo, les enseignements du fondateur de l'Aïki-do.

P4-2.jpgLes six préceptes écrits par Me Ueshiba dans le début des années 30 sont repris dans cet ouvrage.
Au Point 4 « précautions à prendre pour l'entrainement » Me Ueshiba nous dit : « L'instructeur ne peut communiquer qu'une petite partie du savoir : ce n'est que par un entrainement incessant que vous obtiendrez l'expérience nécessaire pour pénétrer les mystères. Votre étude désormais ne doit pas chercher à retenir un grand nombre de techniques diffrentes. Une par une appropriez vous chacune d'elle. »
En conclusion du premier chapitre on peut lire : « chacune des explications est l'essence des dix mille techniques. Toutes les techniques martiales viennent des mêmes principes premiers. Bien sûr, l'ensemble des détails de la stratégie et de la nomenclature technique ne peut pas être traité dans les livres. »

Ressources.

lecon_sur_tchouang_tseu.gif Leçons sur Tchouang-Tseu.
il s'agit d'une introduction au philosophe chinois Tchouang-Tseu, mort sans doute vers 300 av. J-C. Un auteur réputé très difficile, parfois même incompréhensible. Comment donc, dit en substance Jean-François Billeter, cette prétendue illisibilité est surtout affaire de préjugés et de paresse : les traductions sont mauvaises et les auteurs qui ont écrit depuis toujours sur Tchouang-Tseu l'ont fait pas tant à partir de la source que des écrits d'un certain Kouo Siang mort lui en 310 de notre ère et qui constituent un affadissement, voire même un détournement de la pensée de Tchouang-Tseu. Fort de ces intuitions, Jean François Billeter est reparti du début. Ou plus exactement c'est en fréquentant la source, en traduisant divers passages pour son plaisir et pour en discuter avec un ami, que petit à petit, il s'est rendu compte des multiples trahisons dont Tchouang-Tseu faisait l'objet. Il a donc repris le texte, il en a retraduit des passages entiers et est parti de cette idée très simple qu'un philosophe écrit à partir de son expérience propre. Que donc Tchouang-Tseu interrogeait son expérience, la plus simple, la plus proche et qu'il fallait essayer de comprendre laquelle. Le propos et la démarche de l'auteur sont lumineux : un montage de quelques textes retraduits (au demeurant de toute beauté !), avec une gradation, pour faire comprendre comment procède Tchouang Tseu et ce qu'il dit de l'expérience de la vie, de l'apprentissage d'une tâche, de l'attitude de l'homme vis-à-vis de l'activité, etc. On part du très concret, un boucher dépeçant un boeuf et l'on vient au plus profond de la tradition chinoise avec le secret de l'autonomie.
Les explications concernant les choix de traduction sont un véritable régal. Vous pouvez vous procurer cet ouvrage (pour à peine plus de 6 euros) édité dans l'excellente collection Allia chez tous les grands distributeurs, mais je vous invite à privilégier des circuits plus "artisanaux" deux librairies également sur sur le Web:
A Lyon : Librairie Cadence
A Paris : Librairie Le phénix.
Concernant l'oeuvre de Tchouang-Tseu :
Philosophes taoïstes "la pléiade" : Sont réunis Tchouang-Tseu, Lao-Tseu et Lie-Tseu. Abord assez difficile, peu d'explications.
Sur le web, http://fr.wikisource.org/wiki/Œuvre_de_Tchoang-tzeu : traduction de L Wieger; La encore aucune explication. On pourra faire un comparatif avec la traduction de F Billeter.

samedi 11 avril 2009

Introduction au Kanji Do 道

Do-gravure.pngDans un précédent billet, nous avons vu que l’idéogramme Do (道) signifie, à la fois : Voie, route, chemin, méthode, manière de faire, moyen, doctrine, procédé…..Dans le milieu des arts et disciplines traditionnels japonais "Do" est traduit par « Voie ».
Il faut garder à l'esprit que la lecture d'une graphie (d'un kanji) n'est que indicative, elle n'est jamais normative. Le contexte dans lequel on se risque à donner une interprétation permet de dégager des rapports de filiation, des situations et des relations d'interdépendances. Do 道 peut, dans le quotidien, ne garder qu'un sens pratique : 国道 signifie route nationale ni plus ni moins.

Etymologie du Kanji Do 道

L'idéogramme DO est composé de deux parties :

  • 辶 représente 3 empreintes de pas , traditionnellement le pied gauche se lève le premier, ensuite le droit et le pas recommence. La graphie évoque une marche alternée, comme le ferait une sentinelle.
  • 首 est une tête à la chevelure dénouée. L'élément 首, la tête à la chevelure dénouée symbolise la spontanéité, l'intuition par opposition à une attitude et un comportement enfermé dans des règles : la chevelure dénouée est à opposer aux chignons impeccablement noués tel que les lettrés confucianistes l'arborait, confucianiste tenant d'une société très hiérarchisée et ordonnancée par les rites.

Dao (Do) 道, Yin-陰-/Yang-陽

Dans la pensée taoïste, confucianiste ou shintoïste, Do - ou Dao, Tao en chinois - occupe une place centrale : c'est l'ensemble des mouvements ordonnés de vie, le Tao gouverne le réel ; le yin et yang en sont les manifestations transitoires. Yin et Yang sont à la fois complémentaires et opposés, il ne s'agit pas sous la rubrique du yin et du yang, d'établir une classification, mais de décrire les mécanismes responsables des relations de ces éléments entre eux, c'est à dire du mouvement qui les unit.
Dans notre pratique de l'aïkido Yin/Yang est à rapprocher de Omoté/Ura.(表/裏)

"Do" 道 dans le contexte de l'aïkido

Reprenons le radical (l'élément) 辶 , "la marche alternée d'une sentinelle", qui fait inlassablement des allers et retours. Cette image induit une idée de cohérence, de ténacité, de régularité, qualités indispensables à tout apprentissage et étude. "l'Aïkido se pratique, neuf fois par terre, dix fois debout!"
Les pas laissent des traces, des empreintes, ce qui indique que la voie, la méthode de faire, peut être appréhendée par celui qui sait observer et par là "voler la technique".
L'élément 首, l'idée de spontanéité est à envisager avec son corollaire : une maîtrise parfaite de la technique qu'il faut ensuite savoir"oublier" pour laisser s'exprimer le "naturel".

En Aïkido il n'y a ni fome ni modèle, les mouvement naturels sont les mouvements de l'Aïkido - Me Ueshiba


Yin/Yang : Voir [article Introduction à la notion de Ki(氣)
Ressources : image conçue avec : http://www.chine-nouvelle.com

dimanche 22 mars 2009

Kanji « Aï » 合, signification et étymologie.

Le Kanji qui correspond à « Aï » est 合. Sa traduction la plus courante dans le cadre de l’aïkido est harmonie.
Si l’on s’en réfère à un dictionnaire chinois-français, les significations du caractère 合 sont : Idée générale de jonction, d’union – Fermer- Unir, réunir ses forces, faire des efforts communs – conformité, assortir.
Les homonymies de la langue japonaise et chinoise ont été évoquées dans l’article Vocabulaire, terminologie, Culture, tradition et Aïkido. . Le kanji 愛, se prononce également « Aï » et signifie « amour », homonymie avec laquelle le fondateur de l’aïkido à très certainement joué et qui n’est pas restituée dans les traductions de textes ou de citations de Me Ueshiba. Par ailleurs, notre culture nous conduit souvent à associer les deux mots « harmonie » et « amour ».
Etymologiquement « harmonie » vient du grec signifiant proprement arrangement, ajustement, assemblage. Par extension, agencement entre les parties d’un tout, de manière qu’elles concourent à une même fin.

Etymologie de l’idéogramme 合

Kanji Aï ancien La forme ancienne du caractère montre que la partie supérieure ne doit pas être assimilée à un toit, mais qu’elle forme un seul élément graphique avec le trait situé au dessous, formant ainsi un triangle qui évoque un concept d’union, d’assemblage de jonction d’éléments divers. Les textes sémantiques indiquent que trois - les 3 lignes du triangle – est à prendre comme un nombre indéterminé. L’élément situé en partie inférieure « le carré », représente une bouche.
Au final, étymologiquement, plusieurs bouches parlant à l’unisson, renforçant l’idée d’assemblage - comme pourrait l’évoquer une charpente – plusieurs éléments concourant au même objectif.

« Aï » 合 dans le contexte de l’aïkido

L’interprétation évoquée dans l’article précédant « ombres et lumières » - trois éléments du caractère décomposés en « un toit » en partie supérieure, « la bouche » en partie inférieure et « un » en partie médiane – est définitivement hors jeu. Les idéogrammes ont cela de particulier, et de parfois difficile à comprendre pour nos esprits cartésiens, ils laissent une certaine liberté à la compréhension de chacun compte tenu de ses connaissances mais aussi de ce qu’il veut voir ou encore du message qu’il veut faire passer.
« Aï » prend tout son sens lorsqu’il est associé au kanji Ki 氣. Sans anticiper sur la suite, chacun sait que le concept d’énergie recouvre dans la pensée orientale tous les aspects des phénomènes qui nous animent. 合氣 « Aïki », indique donc une mise en synergie de tous ces aspects: énergie musculaire, respiratoire, psychique,…..
Pour finir, on peut noter qu’on retrouve l’idéogramme Aï en médecine traditionnelle chinoise (MTC en abrégé), 合 désigne les points de réunion, huit points où se concentrent et se manifestent des énergies particularisées (énergie des organes, du sang, des muscles et des tendons, des os, ….).

Lien vers les Ressources utilisées.

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