Lorsque la voie est une impasse
EPA ISTA est l’école d’aïkido d’Alain
Peyrache. J’ai suivi l’enseignement, pendant plus
de vingt ans, de celui qui aurait pu devenir un véritable expert de la
technique de l’aïkido . Peu à peu des points d’inflexions sont apparus dans la
ligne directrice d’origine. Aujourd’hui le mode de fonctionnement de cette
association me paraissant en grande partie néfaste, j’ai voulu le faire savoir.
Ce n’est pas un droit, c’est un devoir, étroite obligation de quiconque a
une pensée, de la produire et mettre au jour pour le bien commun
disait
Paul-Louis Courier.
L’EPA n’est pas un cas isolé, de tels systèmes apparaissent chaque fois qu’une
collectivité, grande ou petite, rempli simultanément les conditions
suivantes : une cohésion aveugle autour d’un personnage central et lorsque
cette collectivité se croit être détentrice d’une vérité.
J’ai tiré quelques extraits des sites internet de cette association pour étayer
mon propos, chacun pourra se faire une idée plus complète en parcourant leurs
pages. Adresses en fin de cet article.
Quand dogmatisme devient synonyme de traditionnel.
Lorsque les mots ne concernent pas des objets, mais des émotions, des
concepts, des idées, des notions plus ou moins bien définies, il faut
démasquer, comme nous le dit Albert Jacquard, ces mots hypocrites qui nous
tendent sournoisement le piège de leurs multiples sens …
Traditionnel est un de ces mots
« hypocrites » largement usité pour qualifier, estampiller telle ou
telle discipline ou art martial et plus largement toute activité
« exotique».
Au sens le plus général, dogmatisme est synonyme d’intransigeance,
d’autoritarisme, d’étroitesse d’esprit et de raideur : il est le
fait de quiconque « dogmatise », c’est à dire affirme sans preuve, ne
tolère aucune discussion, parle d’un ton tranchant, porte des jugements
péremptoires.
Cet amalgame « dogmatico-traditionnel » permet d’éradiquer
toute discussion, réunion, formalisation de fonctionnement
Changer les repères des individus
C’est en opérant à un changement de repère que l’on arrive à tromper la
vigilance et le sens critique.
Voir en complément, le billet du 8 juin : Le Dojo, carrefour de
deux cultures.
Dans l’article « Philosophie » sur le site EPA ISTA on lit :
"Malheureusement notre éducation occidentale nous formate pour la mauvaise
solution, c'est ce qui fait toute la difficulté des pratiquants d'aïkido. Etre
capable d'aborder les autres cultures en oubliant la notre est vraiment très
difficile."
Le pratiquant est mis dans une position de non sachant captif du
discours proposé.
Pour aborder une autre culture je pense qu’il faut aller chercher la
solution exactement à l’opposé. C’est une voie plus difficile à mettre en œuvre
puisqu’elle sollicite l’intelligence individuelle.
Cette solution, Jean François Billeter éminent sinologue Suisse, nous
en pose les contours lorsqu’il écrit :
Lorsqu’on pose, à priori la différence, on perd de vue le fond commun. Quand
on part du fond commun, les différences apparaissent d’elles mêmes.
Le discours.
Le
professeur devient le maitre, ce changement de terminologie laisse à
l’imaginaire un champ plus vaste et fragilise un peu plus l’auditoire.
Le maitre sélectionne des thèmes qui servent à sa
démonstration puis donne une interprétation qui va dans le sens
favorable à sa thèse. L’arbitraire de son choix disparait ensuite sous l’unité
du discours tenu.
On trouve par exemple dans un des ’articles une interprétation totalement
erronée du Kanji "Aï "
"Le premier kanji qui forme le mot aïkido est « Aï », qui signifie
harmonie. Il est bien souvent traduit par « amour » ou autre terme de
ce genre qui permet de donner à l’aïkido une connotation pacifiste ou
« gentillette ». Or, si on lit les différentes composantes du caractère,
on retrouve le chiffre 1, la bouche, et le toit de la maison (ou du dojo). La
conception japonaise de l’harmonie pourrait donc s’entendre plutôt de la
manière suivante : « dans la maison (le dojo), il n’y en a qu’un qui
ouvre la bouche ». Autrement dit, pour que chaque chose soit à sa place, il
faut qu’il n’y ait qu’une voix (celle du professeur) qui s’élève, et non une
cacophonie d’opinions diverses et de débats démocratiques censés décider par
consensus de ce qui est le mieux."
Le maitre ajoutera ensuite que dans la tradition japonaise la notion de dojo
s’étend au delà des murs…..comprenez : vous êtes autonomes mais en
liberté surveillée.
Un système basé sur un « consensus frauduleux ».
La structure est un système pyramidal à étage multiple, un
système qui ressemble à s’y méprendre à du marketing pyramidal à l’américaine
basé sur la commercialisation à paliers multiples où il s’agit plus de vendre
la société que le produit : une pyramide principale, assimilée à une
entreprise avec le maitre au sommet, des pyramides plus petites, les
succursales avec les gérants
Le maitre s’entoure, d’un premier cercle d’influence, d’individus
acquis à sa cause. On trouve dans ce premier cercle des opportunistes
et des individus qui, dans un contexte social difficile, voient là une
reconnaissance inespérée. Pour pérenniser ce système, des coutumes japonaises
-réminiscences d’un passé féodal- sont détournées pour instaurer une hiérarchie
soumise qui se décline jusqu’au pratiquant de base.
Lorsqu’un individu est jugé déviant par le maitre, il faut
l’exclure.
Dans l’article « autonomie », on lit :
"Il faut éradiquer cette nuisance de manière efficace et définitive :
comme pour la gangrène, si l’on ne coupe pas le membre rapidement, c’est la vie
qu’on risque de perdre. Celui qui ne respecte pas son maitre, son dojo ou son
enseignement n’a pas sa place au dojo. Son exclusion est nécessaire et
indispensable".
Pour ne pas heurter la sensibilité de ceux qui gardent leur esprit critique, et
pouvoir mettre au banc des accusés pour n’importe quel motif, la méthode est
simple. On isole- surtout ne pas laisser un débat s’instaurer- on discrédite
celui qu’il faut éliminer, on l’attaque sur ses compétences avérées.
C’est là une occasion pour les vassaux de monter leur fidélité au maitre. Pour
peaufiner le système c’est à dire éviter que l’affectif ne génère des zones de
résistances autour d’un pratiquant ou d’un enseignant déviant, l’amitié, les
« potes » sont présentés comme des valeurs qui deviennent une entrave
à la "réalisation de soi" .
C’est ainsi, que l’année passée, l’on a vu circuler par voie
électronique un rappel de la doctrine. Extraits choisis de texte
écrits par trois professeurs du « premier cercle »
Voir en pièce jointe (en bas de l'article, cliquez sur "annexe") :
extrait en version PDF.
"Comment initient-ils eux-mêmes leurs élèves ? Quand cesseront-ils
d'entretenir une confusion entre l'exercice d'un art majeur et la pratique
d'une activité en dilettante. L'aïkido n'est pas un simple prétexte à une
réunion de copains. C'est une étude en profondeur qu'aucun initié convaincu ne
laissera être menée à la bonne franquette".
"Vous pensez pouvoir pratiquer l'aïkido exclusivement sur un tatami, sans
avoir à vous "prendre la tête" avec des considérations qui vous paraissent d'un
autre âge. Faire un peu de sport, en somme. Il y a donc un malentendu :
l'aïkido, ce n'est pas le football ou le croquet sur gazon. Les enjeux ne sont
en rien comparables. Les engagements non plus".(….)
"Mes élèves pratiquent afin de travailler sur ce qu’apporte et génère
l’aikido et non sur la recherche de pseudos amitiés. Ils font nettement la
différence entre la pratique « entre potes » qui n’apporte rien sur
le plan personnel et leur recherche avec des professeurs
compétents".
Conclusion.
Je ne souhaite bien entendu pas, en défendant par ailleurs un aïkido dit
traditionnel, être assimilé de près ou de loin à ce type de raisonnement. Non
seulement cet exemple ne concourt pas à l’enrichissement personnel mais à
terme, les procédés employés peuvent être dangereux pour des individus
psychologiquement faible. Dans de tels systèmes, pour qui veut garder son sens
critique, il faut adopter l’attitude du sage taoïste ! Soit choisir la
fuite, soit éviter d’entrer dans le premier cercle d’influence c’est à dire
s’en tenir à pratiquer sans se mêler du reste. Si on peut habiter loin du
maitre….c’est encore mieux !
Pour conclure définitivement : une page de pub ! visitez le site
aikilibre.org
Le site EPA ISTA : www,aikido-ista,com
Pour aller directement à la
page des articles : L'Aikido d'Alain
Peyrache vu par ses ushi deshi
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Parmi
les articles, ne pas louper : "le fondateur de l'Aïkido" où l'on découvre
un historique revisité,
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Ne ratez pas
le site consacré à Alain Peyrache : Un monument d'égo
sur-dimensionné!
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Ressources :
* Contre François Julien de Jean François Billeter : à lire de absolument,
comme tous ses autres ouvrages.
- BARISOL "love" image parue dans le Monde Diplomatique d'août 2008 - article
"La machine à abrutir"