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samedi 2 mai 2009

Mind map, aïkido, enseignement et apprentissage

Un point étape pour résumer, sous forme de carte mentale (Mind Map), les articles parus dans les rubriques Aï (合) , Ki (氣) et Do (道).
Dans cette carte, à partir du centre, enseignement et apprentissage, vont irradier :
1 Une branche Ki, une branche Do et une branche ciel/terre.
Chacune d'entre elle propose deux aspects :

  • l'un Yang - cercle, 气 et 首
  • l'autre Yin - carré, 米 et 辶

2 Deux autres branches sont regroupées sous l'étiquette "la voie du juste milieu" où l'homme doit trouver l'équilibre entre les qualités Yang et les qualités Yin, sens donné symboliquement par le triangle de l'idéogramme Aï 合. Un apprentissage et un enseignement bien conduit visent à concilier les opposés en les rendant complémentaires : qualité et quantité, spontanéité et réflexion, analyse et synthèse, etc.

Aikido_Apprentissage__enseignement.jpg

dimanche 19 avril 2009

La voie "du juste milieu"

Entre ciel et terre.

mencius2.JPG
Une des caractéristiques d'un art traditionnel est de de tenter de concilier les opposés. La voie du "juste milieu" consiste à trouver la place idéale, située entre deux extrêmes.
La tradition orientale place l'homme entre terre et ciel. Ci contre, le schéma (simplifié) symbolique de l'homme représenté entre sol et terre est attribué à Mencius (Mèng Zi), penseur chinois qui vécu quatre siècles avant notre ère. Par cette symbolique l'homme s'inscrit dans un espace temps, il est placé entre ces deux pôles, que sont le sol et ciel, et auxquels sont associés des qualités et des caractéristiques propres aux images qu'ils peuvent évoquer.
Le trait placé au centre du schéma, représente la "voie du juste milieu", l'équilibre à trouver entre les deux pôles. Les analogies qui en découlent touchent tout ce qui recouvre l'activité humaine au sens large.
Dans cet article nous limitons le sujet aux problématiques de l'apprentissage, situation où nous nous trouvons placé entre deux pôles qui correspondent à deux modes d'acquisition de la connaissance

La terre et la tortue.

Le sol qu'on arpente a la particularité de pouvoir être mesuré, la terre est donc associée a un carré, en référence au terrain que l'on découpe en parcelles. Tout ce qui ce qui est mesurable, quantitatif, manifesté, cartésien, séquentiel, lui est rattaché. La partie inférieure du schéma de Mencius possède des angles vifs. Traditionnellement on dit que les pieds de l'homme sont "carrés" pour épouser le sol et ainsi pouvoir absorber les qualités propres à la terre. Les gloses indiquent que le point d'acupuncture "Yong quan", le premier point du méridien du rein, qui est situé sous la plante du pied est "comme une source qui jaillit du sol et s'élève"....
La méthode d'apprentissage qui correspond est une démarche qui peut être comparée aux déplacements d'une tortue qui va lentement d'un objet à l'autre sans en voir les rapports puisqu'elle procède par succession.

Dans la pratique de l'aïkido, c'est l'étude et l'appropriation de chacun des gestes de base, de la bio-mécanique des techniques de base qu'il faut acquérir au jour le jour, millimètre par millimètre, sans fléchir.
A ce stade de la connaissance, l'appropriation de chacune des techniques du "catalogue", la quantité de techniques est ressentie comme mesurable, quantifiable. C'est la période de la tentation d'apprendre le plus grand nombre techniques possibles, de se cantonner à leur étude sans voir les rapports entre elles. L'excès peut conduire, entre autre, à un bachotage pour obtenir des grades, ou plus grave, va enfermer le pratiquant dans une dépendance du modèle et inhiber sa créativité, son autonomie potentielle. En d'autre termes l'idée de trouver des solutions à ses problèmes personnels par l'expérimentation n'est pas envisagée.

Le ciel et l'aigle.

Nous appréhendons le ciel en regardant la voûte céleste c'est pourquoi, le ciel sera associé au cercle. Le ciel tout comme l'espace et par conséquent le temps ne se mesurent pas. Le temps se jalonne, en années, jours, heures, etc. La mesure d'un cercle n'est qu'une approximation dépendante du nombre Pi. Tout ce qui est non mesurable, qualitatif, subtil, spontané, intuitif est rattaché au ciel. La partie supérieure du schéma est circulaire, tournée vers le haut comme un réceptacle.Traditionnellement on dit que la boite crânienne est ronde pour épouser la voûte céleste.
La méthode d'apprentissage qui correspond est une démarche qui peut être comparée à celle de l'aigle qui en s'élevant saisit d'un seul coup d'oeil l'ensemble de se qui se trouve sous lui, les relations entre les éléments, et par là pourra en déduire des règles, des lois, ou à minima les comprendre.

Dans la pratique de l'aïkido, c'est rechercher, aux travers des bases, tous les points communs entre les techniques, repérer ce qui fonctionne quelle que soit la situation. Travailler une technique (avec ou sans arme) dans cet esprit, et c'est toute la discipline qui sera mise en oeuvre. A ce stade, l'aïkidoka comprend que le nombre de technique est illimité, que chaque situation apporte des variations qui ne peuvent être pas appréhendées par des réponses clés en main sorties d'une panoplie.
C'est la partie essentielle de l'étude, qualitative, plus subtile, elle n'est pas mesurable.

Le juste milieu.

Attention! Ne pas oublier ou ignorer la démarche de la tortue "parce qu'on a de l'expérience" : analyse (carré) et synthèse (cercle) sont complémentaires, l'un ne remplacera jamais l'autre. De la même manière, il est impossible de transformer un cercle en carré d'égale surface, et inversement (quadrature du cercle)... C'est tout l'art d'un apprentissage bien conduit.
Un déséquilibre engendre une pratique approximative, qui se satisfait de situations sécurisantes et au pire dégénère dans des délires, des "aïkido-danse", des "aïkido-ésotéro-mystique", etc

Invitation à faire un parallèle aïkido - tracé des idéogrammes

Le calligraphe doit avoir le dos entièrement actif et adopter pour cela une posture tout à fait droite. S'il s'adossait ou s'appuyait du coude gauche sur la table, l'aisance et l'assurance de son geste seraient tout de suite compromises, la musculature du dos se relâcherait et cesserait de fournir l'énergie nécessaire à l'acte d'écrire. (...) il plante les pieds sur le sol de part et d'autre de l'axe central. Ce contact avec le sol lui permet de contrôler la verticalité de sa posture, de se passer de tout appui au-dessus de la taille et d'avoir une complète liberté de mouvement dans le haut du corps. (..) et de mettre la plus grande part de ses ressources au service du geste. (...) Cette manière de se tenir favorise une respiration régulière et profonde (..).
Dans : L'art chinois de l'écriture - JF Billeter.

Les caractères sont composés à partir de huit traits élémentaires traditionnels (le décompte arithmétique est de douze). Une dizaine de règles régissent l'ordre dans lequel chaque trait sera tracé. La rigueur dans l'ordre des traits assure qu'un même caractère est exécuté d'un même geste par tout le monde et que, ce même geste entraînant les mêmes liaisons, le caractère reste reconnaissable même lorsqu'il est écrit très vite. Ci après le même terme "aïkido" écrit de plusieurs manières.

  • L'écriture régulière se présente sous aspect assez rigide, carré, mais garde une certaine fluidité lors d'une écriture manuelle (les caractères typographiques ne rendent pas cette impression).

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  • L'écriture cursive est fluide, utilise plus largement les courbes, les arrondis, elle favorise la spontanéité.

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C'est à travers une calligraphie réalisée avec le pinceau, outil traditionnel, que le caractère libérera toute son expression.
Chaque caractère est considéré comme un être vivant, il doit être centré, autonome, chaque trait est une ligne de force qui concourt à l'équilibre d'ensemble. Lorsqu'il fait partie d'un ensemble, d'un texte, l'espace vital de chacun d'eux doit être préservé, son autonomie ne doit pas nuire à l'équilibre général.
Tandis que la calligraphie occidentale produit des formes arrêtées (1), la calligraphie et l'écriture chinoise ou japonaise est par essence un art du geste dont la rigueur de l'apprentissage tranche avec la spontanéité qu'il génère.
(1) la calligraphie occidentale est soit une écriture appliquée, stylisée, soit enjolivée de paraphes ou d'autres ornements ; à l'inverse de l'écriture chinoise, elle élimine les traits individuels, elle est impersonnelle.
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Pour finir, voici comment moins massacrer les 3 kanjis qui composent "aïkido"... en utilisant les traits de base et respectant l'ordre de leur tracé...
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samedi 28 mars 2009

Introduction à la notion de Ki(氣)

L'idéogramme Ki(氣) est traduit par énergie. étymologiquement (en-ergon en grec), énergie signifie "qui contient (en) l'action (ergon) en puissance". L'énergie est une "puissance, une force", la notion d'énergie se ramène à la description d'un mécanisme, une description des transformations des différents états de la matière. Pour la science, depuis Einstein, énergie et matière ont une valeur équivalente. Cette transformation de la matière, se passage en plusieurs état est rendu par l'idéogramme Ki, prononciation chinoise T'chi.

氣 est composé de 气 et de 米

米 représente les céréales, une botte riz, dont la vapeur, symbolisée par 气, s'élève des grains qui sont en train de cuire. Cette métaphore doit nous inciter à différencier au travers de cette transformation, un groupe d'énergies liées à la terre , énergies très manifestées (matérielles) symbolisées par le riz, et un second groupe d'énergies , plus subtiles, plus ténues (immatérielles), symbolisées par la vapeur qui s'élève.Très synthétiquement on distingue des énergies liées à la terre, que nous pouvons appréhender assez facilement, et des énergies plus difficiles à saisir apparentées au ciel (la vapeur qui s'élève). La cosmologie orientale issue du monde chinois antique place l'homme entre ces deux pôles que sont le ciel et la terre. Cette vision peut être apparentée à ce que nous appelons aujourd'hui la démarche holistique, où l'homme, dans tous les aspects de son activité, est soumis aux influences du cosmos. Afin de mieux rendre cet aspect beaucoup de sinologue - et de spécialistes de médecine chinoise traditionnelle - préfèrent traduire Ki(氣) par souffles. Ainsi, le kI , - les souffles - est la forme existentielle qui préside à toutes les mutations dans le corps humain, tant sur le plan macroscopique que microscopique. Ces mutations issues des énergies les plus "immatérielles" sont qualifiées "Yang", les énergies les plus matérielles sont qualifiées "yin". La distinction entre ces deux familles énergétique n'est pas franche, il n'y a pas d'un côté les énergies de qualité"yin" et de l'autre côté les énergies de qualités "yang". Il faut imaginer une sorte de dosage yin/yang, dosage ordonné par le Tao (Dao ou Do selon le système de translittération), idéogramme (道)- ou Kanji, que nous avons évoqué dans l'article Aï (合) Ki (氣) et Do (道). Ici Do (道) - tao - exprime l'ensemble des mouvements ordonnés de la vie.

Ki (氣) replacé dans le cadre de l'aïkido.

Nous avons vu que Aï (合) et Ki (氣) sont indissociables et que Aï (合) évoque un concept d’union : trois - les 3 lignes du triangle – est à prendre comme un nombre indéterminé. La symbolique de la bouche, l'élément graphique du bas, renvoi à l'idéogramme Ki(氣) et au concept de souffle, d'énergie. Ceci signifie que "trois" contient les énergies du ciel "yang", les énergie de la terre "yin" et leurs mutations au niveau de l'homme qui est positionné entre les deux. Trois est un nombre symbolique qui désigne l'ensemble des mutations énergétiques. Cette façon de poser un nombre déterminé en nombre indéterminé est fréquente dans la pensée orientale. Dans la pratique de l'aïkido "Shi ho nage" technique de projection dans les quatre directions - shi signifiant quatre - est toujours pris dans le sens toutes les directions.
En résumé, Aï (合) Ki (氣) signifie réunir, mettre en synergie, en symbiose, l'ensemble des énergies et des souffles qui nous animent , en d'autres termes, notre potentiel connu ou inconnu - énergie tendino-musculaire, respiration, psychisme,....- ceci en toutes circonstances qu'elles soient ponctuelles ou permanentes.

dimanche 22 mars 2009

Kanji « Aï » 合, signification et étymologie.

Le Kanji qui correspond à « Aï » est 合. Sa traduction la plus courante dans le cadre de l’aïkido est harmonie.
Si l’on s’en réfère à un dictionnaire chinois-français, les significations du caractère 合 sont : Idée générale de jonction, d’union – Fermer- Unir, réunir ses forces, faire des efforts communs – conformité, assortir.
Les homonymies de la langue japonaise et chinoise ont été évoquées dans l’article Vocabulaire, terminologie, Culture, tradition et Aïkido. . Le kanji 愛, se prononce également « Aï » et signifie « amour », homonymie avec laquelle le fondateur de l’aïkido à très certainement joué et qui n’est pas restituée dans les traductions de textes ou de citations de Me Ueshiba. Par ailleurs, notre culture nous conduit souvent à associer les deux mots « harmonie » et « amour ».
Etymologiquement « harmonie » vient du grec signifiant proprement arrangement, ajustement, assemblage. Par extension, agencement entre les parties d’un tout, de manière qu’elles concourent à une même fin.

Etymologie de l’idéogramme 合

Kanji Aï ancien La forme ancienne du caractère montre que la partie supérieure ne doit pas être assimilée à un toit, mais qu’elle forme un seul élément graphique avec le trait situé au dessous, formant ainsi un triangle qui évoque un concept d’union, d’assemblage de jonction d’éléments divers. Les textes sémantiques indiquent que trois - les 3 lignes du triangle – est à prendre comme un nombre indéterminé. L’élément situé en partie inférieure « le carré », représente une bouche.
Au final, étymologiquement, plusieurs bouches parlant à l’unisson, renforçant l’idée d’assemblage - comme pourrait l’évoquer une charpente – plusieurs éléments concourant au même objectif.

« Aï » 合 dans le contexte de l’aïkido

L’interprétation évoquée dans l’article précédant « ombres et lumières » - trois éléments du caractère décomposés en « un toit » en partie supérieure, « la bouche » en partie inférieure et « un » en partie médiane – est définitivement hors jeu. Les idéogrammes ont cela de particulier, et de parfois difficile à comprendre pour nos esprits cartésiens, ils laissent une certaine liberté à la compréhension de chacun compte tenu de ses connaissances mais aussi de ce qu’il veut voir ou encore du message qu’il veut faire passer.
« Aï » prend tout son sens lorsqu’il est associé au kanji Ki 氣. Sans anticiper sur la suite, chacun sait que le concept d’énergie recouvre dans la pensée orientale tous les aspects des phénomènes qui nous animent. 合氣 « Aïki », indique donc une mise en synergie de tous ces aspects: énergie musculaire, respiratoire, psychique,…..
Pour finir, on peut noter qu’on retrouve l’idéogramme Aï en médecine traditionnelle chinoise (MTC en abrégé), 合 désigne les points de réunion, huit points où se concentrent et se manifestent des énergies particularisées (énergie des organes, du sang, des muscles et des tendons, des os, ….).

Lien vers les Ressources utilisées.

mardi 3 février 2009

Vocabulaire, terminologie, Culture, tradition et Aïkido.

Le vocabulaire de l’aïkido

Tout le vocabulaire, la terminologie propre à la pratique de l’aïkido, est d’origine japonais. Pour les langues telles que le chinois ou le japonais il existe des systèmes de translitération qui permettent de transposer des signes tels que les sinogrammes – les « Kanji » japonais - dans notre langue alphabétique latine. C'est ce que l'on appelle l'écriture "rômaji", littéralement écriture romane. Tout n'est pas aussi simple, il existe plusieurs systèmes de transcription. Pour le japonais c'est le système Hepburn qui est le plus usité même si ce n'est pas celui qui est officiel.
Pour les pratiquants d’aïkido, c’est le langage commun, incontournable : il faut apprendre un minimum de termes. Nous verrons ultérieurement qu’avec un peu de méthode, un classement adapté, cet apprentissage du vocabulaire peut devenir enrichissant. La carte mentale proposée lors de l’article précédent suggère que la langue, ou plus précisément l’écriture originelle – les kanjis – peut constituer un lien direct avec une culture et des traditions qui sont aux origines de notre art.

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Une approche très simplifiée de l’écriture japonaise.

Jusqu’au IVème siècle les Japonais n’ont pas de système d’écriture. Le Japon empruntera les graphies chinoises ainsi qu’une foule de termes et de textes chinois. Ils durent adapter l’écriture chinoise aux caractéristiques de leur langue : les mots chinois sont monosyllabiques et invariables tandis que le japonais est une langue polysyllabique dont les mots sont modifiés par l’adjonction de terminaisons et de suffixes. Un texte japonais comporte une proportion variable de caractères chinois, les « kanji », et de caractères phonétiques, les « Kana ».

Les « kana », signes phonétiques n’ont d’intérêt que si l’on souhaite apprendre le japonais.

Le syllabaire kana comporte en signes qui se déclinent en deux catégories de 46 signes graphiques complémentaires : les hiragana et les katakana.

Les katakana : La structure des katakana est rigide et anguleuse. ils ont été crées dans le but de simplifier l’écriture chinoise. Chaque katakana conserve quelques barres et points de son caractère d’origine mais garde sa valeur phonétique d’origine.
Ils servent à transcrire des mots d’origine autre que chinoise ou Japonaise ainsi qu’à préciser la prononciation d’un caractère chinois peu utilisé.
Les hiragana : À l’inverse des katakana, les hiragana ont une apparence onduleuse et souple. Ils sont dérivés des graphies de l’écriture cursive de caractères chinois : ils servent à transcrire phonétiquement tout ce qui dans la langue japonaise diffère trop du chinois pour être rendu par des caractères.
Très longtemps les femmes n’apprenaient que les hiragana ce qui ne leur laissait l’accès qu’aux textes « vulgaires » : romans japonais ou autres textes qui étaient le plus souvent transcrit ainsi.

Les textes « sérieux », philosophiques, scientifiques, ou historiques n’étaient transcrits qu’en caractères chinois – Kanji en japonais -

Kanji signifie ''"caractère d'écriture des Han" '' Il s’agit d’une écriture figurative où il est tout à fait possible d’apprendre le sens d’un caractère sans en connaître sa prononciation.
Ni les japonais, sous la pression américaine d’après la guerre, ni la révolution culturelle chinoise n’auront raison de ce système d’écriture unique.
Jusqu’à la seconde guerre mondiale tout caractère chinois pouvait être employé en japonais. Aujourd’hui leur nombre est officiellement limité à 1800 caractères sur les 8000 utilisés par les lettrés et calligraphes.

Quel intérêt ?

Dans « l’écriture et la psychologie des peuples » Jacques Grenet écrit :

« Alors que les écritures alphabétiques sont assez étroitement liées à cette réalité changeante qu’est le langage, ce que fit au contraire de l’écriture chinoise – et de la langue écrite chinoise – un remarquable instrument de civilisation, c’est son indépendance à l’égard des diversités dialectales et même linguistes. Les japonais, dont la langue diffère pourtant si profondément du chinois par son polysyllabisme et sa syntaxe, ont emprunté tout leur vocabulaire graphique savant à la chine. Cet héritage pèse d’un poids si lourd et il a une telle valeur à la fois du point de vue sémantique et du point de vue esthétique que les Japonais n’ont pu se résoudre à le sacrifier au profit d’une écriture alphabétique qui aurait pour effet une confusion des sons et des formes. »


Dans « Les idéogrammes chinois ou l’empire des sens » - Joël Bellasen et Wong Wa :

« Une langue et son écriture, que celle-ci soit idéographique ou phonétique, ne sont pas une simple strate de connaissance, mais quelque chose qui structure l’individu. À travers une langue et une écriture particulière transparaît une perception et une approche du monde différente. Et quand celle-ci privilégie le sens, la combinaison l’espace et l’image contre la verbalisation et le découpage analytiques, il peut être intéressant d’observer en quoi certains aspects d’un univers culturel (philosophie, psychologie, esthétique, tradition pédagogique, ….), peuvent se déduire en partie de la nature même de cette écriture. »


Dans notre « sphère Aïkido », à la question : Il est donc nécessaire selon vous de connaitre la culture japonaise pour comprendre l’Aïkido ? Me TAMURA Répond :

"Ce n’est pas indispensable mais cela permet probablement d’aller plus vite, c’est un fait indéniable. Si on prend simplement l’exemple de la langue, pour un japonais, même débutant, shiho-nage est assez explicite. Et lorsqu’il entend le nom de la technique cela précise son application physique. Il comprend que c’est une projection dans les quatre directions, peut facilement en déduire que cela signifie symboliquement toutes les directions et pénétrer plus profondément le sens de cette technique. Lorsqu’on traduit irimi en français cela devient « entrer » mais cela reste assez vague et il est difficile de s’appuyer sur ce mot pour comprendre la technique. C’est la même chose pour hitoemi, ou sankakuho. Un japonais comprendra souvent instinctivement ce que signifient ces termes car ils sont associés à des kanjis (idéogrammes) qui ont un champ d’expression à la fois vaste et subtil."


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